Une #ReformeTerritoriale « oui mais bon »

En matière de réforme, il y a l’intention, la déclaration et la réalisation.

L’intention est essentielle : nous sommes à un constat fait par bon nombre d’entre nous de la nécessité d’une modernisation de notre organisation territoriale. Depuis les années 50, les peuples ont bougé, la démographie a évolué, l’économie s’est modifiée, les délégations aux collectivités ont augmenté, mais nous sommes toujours figés avec la même carte.

De la municipalité aux régions, les compétences s’enchevêtrent, se heurtent, compliquent la vie des citoyens, des administrations, des associations et des entreprises. Au niveau transport, on a découpé les routes et les transports par bus d’un coté, les chemins de fer de l’autre. En matière économique, les aides, qu’elles soient financières ou juridiques, compliquent la création d’entreprises plus qu’elles ne l’aident. L’exemple le plus frappant est la gestion des infrastructures éducatives : nombre de parents n’arrivent plus à suivre, ou ne savent pas, qui est responsable du bon état de l’école, du collège, du lycée voire même de l’université.

Par dessus ce mille-feuille, comme on se plait à le qualifier de façon justifiée, les villes se sont rapprochées par nécessité en formant des communautés de communes. Une organisation permettant de mutualiser des compétences de façon optimisée (déchets, transports en commun, ou encore gestion de l’eau). Mais une organisation qui souffre d’absence de désignation démocratique directe.

Il était donc essentiel d’envisager une réforme, déjà réfléchie sous des gouvernements précédents, malgré les doutes qu’on peut avoir sur la possibilité d’en tirer des économies comme l’exprime de façon si étayée Alain Rousset, président socialiste d’Aquitaine et président de l’Association des régions de France dans un article du Monde du 2 juin dernier.

Et puis vint le temps de la déclaration, c’était hier soir. L’Elysée, dans un communiqué, affirmait ses orientations mais, également, dévoilait une carte décrivant le regroupement des régions envisagé.

Au niveau des orientations, cela est plutôt louable : exercice le plus libre possible de la démocratie locale, poursuite de la décentralisation, redéfinition des compétences, suppression des Conseils généraux, véritables reliquats jacobins de 1789.

Mais le problème va être de la réalisation, la méthode de proposer une carte échafaudée dans un bureau par quelques personnes, surement sous la pression de certains proches, aux intérêts particuliers dans leurs territoires, a froissé bon nombre de citoyens. Bretagne ré-unifiée, oubliée ! Prise en compte des bassins de vie : pas évident ! Équilibre des territoires : n’en parlons pas !

A l’instar de François De Rugy ce matin, il me semble évident que nous avons là un pouvoir qui a choisi de ménager ses barons, en privilégiant une méthode pour perdre le moins possible de régions aux prochaines échéances. A moins que ce ne soit que la feuille de brouillon qui ait été présentée.


L’Opinion de François de Rugy par Lopinionfr

Ce matin, à la radio, le premier Ministre montrait dans sa déclaration qu’on allait mettre en route la machine à ralentir pour arrêter de froisser tout le monde : ce n’est pas figé, l’essentiel est de réduire les régions, sous-entendu : attendez, attendez, on peut discuter en fait.

Parce que discuter serait intéressant, y associer les citoyens serait plus que positif : ce sujet les intéresse et les ramènerait vers la chose politique. Nous ne parlons pas là de référendum mais de consultation citoyenne comme le permet la Commission du Débat public. Mais le souci est l’urgence de ne pas trop rater les régionales, et de remonter dans les enquêtes de satisfaction, et une telle démarche semblerait trop longue face à la volonté à peine voilée du Président de la République.

A trop vouloir faire trop vite, les alliés du gouvernement ne comprennent plus : on le savait pour les écologistes (pour les personnes qui dormaient, EELV a quitté le Gouvernement), mais sur cette réforme territoriale, les Radicaux de gauche sont en colère et, évidemment, bon nombre de responsables socialistes (mais cela devient une habitude).

Cela serait amusant si on ne parlait pas de modernisation, d’organisation et de notre vie de tous les jours.

Laisser un commentaire