Une presse présurisée

Comme le montre le film « Les nouveaux Chiens de Garde », la presse et les médias peuvent parfois (souvent) prêter aux doutes. La presse d’opinion ou les lignes éditoriales ne sont pas ici en cause, car il s’agit de choix clairs et dont le public n’est pas dupe. Il ne s’agit pas non plus de la mauvaise foi ou de postures exagérées comme celles de Valeurs Actuelles qui vire plus au fanzine de parti qu’à son but premier de revue d’information boursière. Le problème vient évidemment de l’indépendance du journaliste devant les exigences de pressions diverses qu’elles soient politiques, économiques, d’intérêts financiers ou tout simplement de pouvoirs. D’ailleurs la communication pour Mediapart est assez évocatrice sur le sujet :

En région Centre, sur Tours ou Orléans existe un hebdo gratuit et tout comme pour tous les médias, je me force à garder un esprit critique en tentant d’avoir une lecture sans complaisance vis à vis de ce qui finance le journal : la vente d’encarts publicitaires.

Passons outre la rubrique « People » qui navigue entre la santé des politiques locaux et leurs aventures. Quoique le jour où j’ai pu y lire les grossesses d’amies (oui deux fois, les vicieux), la pseudo-révélation de la vie conjugale d’une amie avec un « monsieur de la télé », le jour où j’ai vu ces amies touchées pour violation de vie privée alors qu’il n’y avait aucun intérêt politique à apporter en évoquant ces sujets, ce jour-là je me suis dit qu’ils étaient une belle usine à fange facile : je prostitue ta vie pour vendre un quart de page à l’artisan local, peu importe si je te blesse. Voyeurisme et consumérisme.

Et puis un jour, en ouvrant les pages, je lus un article tout à la gloire du Conseil général du Loiret et de son Sénateur-Président UMP, et me dit que là, dans le cirage de pompe, face aux exagérations, aux biais de faits, ils faisaient forts : un peu comme lorsque le fayot de la classe en fait un peu trop. Je ne me démontai pas. Amusé, mais tout de même agacé, j’interpelle alors sur Twitter le compte du journal et lance une pique moqueuse du style « Soit vous êtes les pires lèches-pompes que je connaisse, soit vous avez oublié de dire que c’était un publireportage. » Heureux de ma bêtise, je souriais, lorsque je reçus la réponse d’une journaliste de cet hebdo me signifiant : « Ah bah oui, mince de zut alors, on a oublié d’inscrire Publireportage »…

Deux journalistes locaux passant par là et lisant tout ceci, s’émurent alors de ce non-respect déontologique. Je proposais alors de faire un erratum dans le numéro suivant, erratum absent, évidemment.

Et puis vint le jour de la nouvelle révélation. Au delà de la violation de la déontologie, je découvrais dernièrement qu’il y avait une sévère autre lacune : la vérification de l’information.

Au moment de la constitution des listes au municipales, l’affaire de la « quenelle orléanaise » allait laisser du sang sur les murs : deux jeunes gens était écartés pour y avoir été mêlé de près ou de loin.

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Malheureusement pour le journal, l’affaire n’est pas si simple à résumer (2 jeunes surpris en flagrant délit de quenelle), et parmi ces deux personnes, une a fortement condamné les excès fascisants du plat lyonnais porté en bout de bras. Mais qu’à cela ne tienne : ce n’est pas grave pour le journal, autant le traiter ainsi et que vogue le navire… Tant pis si tout un chacun pensera qu’il s’agit là d’un droitiste hyper-(trop)-décomplexé.

Et puis, et puis, ce n’est pas fini… Dans l’édition hebdomadaire de la semaine dernière, re-belote :

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Encore un article à la gloire du Conseil général, mais ce coup-ci la publicité achetée est bien visible : le CG du Loiret aura eu sa double page. Coïncidence ? Publireportage déguisé ? Nous ne saurons jamais puisque jamais il n’y aura d’erratum, comme à l’accoutumé.

Alors je continuerai à ne pas prendre ni lire ce journal gratuit, à consulter le site de La Rép, à lire Mag Centre, écouter France Bleu, regarder France 3 ou, tiens, je vais peut être me prendre un abonnement à Apostrophe 45 : faut bien aider la presse régionale, celle qui fait son métier et qui a bien du mal à survivre.

Et en tant que politique, je ne risque rien ? Pensez donc ! Les écologistes y sont déjà tricard depuis longtemps.

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