Le prix du nucléaire

Le prix du nucléaire

Dans un précédent article, j’avais montré le grotesque de penser que notre pays est indépendant en production d’électricité grâce à la forte part du nucléaire.

Il est un point qui a été souvent évoqué par les défenseurs du nucléaire : le prix de notre électricité n’est pas cher grâce à cette indépendance énergétique. Mais le temps avançant, il n’est pas difficile de constater que cette vérité n’en est pas une, depuis 2004 nous assistons à une inflation du tarif EDF :

Dans un rapport du 5 juin dernier, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) alerte sur des tarifs trop bas du prix de l’électricité par rapport aux coûts supportés par EDF : « Cet écart est dû en partie à une hausse des tarifs inférieure à ce qui était nécessaire pour couvrir les coûts alors estimés« . Si cet écart était rattrapé sur un an, cela entraînerait une augmentation supplémentaire de 7,6%. La CRE prévoit même une progression de 30% à l’horizon de 2017…

Les raisons de ces coûts sont multiples.

La première, et selon la CRE la plus lourde, est la contribution au service public de l’électricité (CSPE). Créée en 2000, cette contribution sert pour deux choses : le financement des recherches et développement devant impulser l’essor des énergies renouvelables et la péréquation tarifaire, ce qui permet au consommateur d’acquitter l’électricité au même prix, quelle que soit son implantation géographique. Pensez-vous qu’il faille revenir sur ces objectifs ? Ne devons-nous pas chercher à développer des énergies renouvelables, non importables et non délocalisables ? Devons-nous faire varier le prix de l’énergie suivant les citoyens et leur emplacement géographique ? Ce serait tout d’abord un beau ratage industriel et ensuite une création d’inégalité qui est contraire à notre culture de service public.

La deuxième raison à ces coûts en augmentation est l’augmentation des tarifs d’acheminement de l’électricité (1/3 dans l’envol de la facture). Là, la Cour des Comptes préconisent une rationalisation avant d’augmenter les ressources.

Enfin, la troisième raison de cette envolée des coûts est due… au nucléaire, ou plus exactement, au parc vieillissant des centrales nucléaires d’EDF. Et c’est ainsi que le producteur électrique milite pour que les tarifs de l’électricité incluent un certain nombre de charges liées à la fin de vie des centrales. Car nos centrales sont vieillissantes, que dis-je, sont vieilles tout simplement. Cela demande des entretiens onéreux ne serait-ce que pour préserver la forme de vie la plus proche qui nous intéresse le plus, nous petits individualistes que nous sommes : l’humain.

Une solution ? Construire de nouvelles centrales ? Euh, on se cause franchement comme chez le banquier ? Quand on est dans le rouge, on n’engage pas de nouveaux frais… Et quand bien même, vous pensez qu’une centrale, ça s’arrête comme ça du jour au lendemain ? Non, non, il y a aussi un coût inhérent à cet arrêt, préserver la sécurité, protéger le lieu, etc. Sinon cela donne des choses dramatiques comme ceci :

A Brennilis, la centrale nucléaire est morte mais pas démantelée, elle est en déconstruction depuis 19 ans. Le niveau de radioactivité du chantier d’EDF inquiète.

Mais alors, pourquoi ne pas investir ET dans le nucléaire ET en parallèle dans le renouvelable ? C’est ce qui est, en partie, fait actuellement, mais le nucléaire, suivant les années, mange à lui tout seul 50 à 60 % du budget de la recherche sur les énergies… Donc c’est fait, mais pas vraiment…

Dans une action lancée dernièrement, Greenpeace nous rappelle :

« D’importants investissements vont devoir être effectués et il faudra choisir entre : financer le prolongement de centrales nucléaires vieillissantes, financer les prolongements du chantier de l’EPR, financer la gestion de déchets nucléaires millénaires… ou un investissement massif dans les renouvelables ET les économies d’énergie.

Énergies renouvelables et énergie nucléaire sont en effet incompatibles; nécessitant des systèmes électriques différents, une gouvernance différente, un modèle économique différent. Il faut donc choisir : un euro dépensé ne pourra l’être sur les deux options à la fois. »

C’est donc dans cet esprit que Greenpeace lance une campagne d’information :

Qu’est ce qui se cache derrière votre facture d’électricité ?

Quelques jours avant la prochaine augmentation de la facture d’électricité des français, alors que le débat national sur la transition énergétique se termine, nous lançons auprès des consommateurs une campagne d’information sur leur facture du futur.

Sur le site  www.mafacturedufutur.comles internautes peuvent comparer et choisir entre deux factures annuelles moyennes estimées en 2017 : celle du maintien du nucléaire ou celle du scénario de transition énergétique de Greenpeace.

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http://energie-climat.greenpeace.fr/quest-ce-qui-se-cache-derriere-votre-facture-delectricite

Les français recommencent à aimer le nucléaire

Les français recommencent à aimer le nucléaire

Deux ans après la catastrophe de Fukushima, les français ont l’oubli facile. En effet, un sondage vient d’être livré par l’Ifop pour le compte de Dimanche Ouest France.

Le résultat en ressortant est dramatique pour un écologiste : 36% des sondés se déclarent aujourd’hui favorables au nucléaire, contre 33% en novembre 2011 et 32% en juillet 2011. la proportion des opposants au recours à cette énergie en France baisse à 14% (-3 points depuis novembre 2011, -6 depuis juillet 2011). Les hésitants représentent un tiers de la population (34%, -6 points depuis novembre 2011) et deviennent, pour la première fois depuis deux ans, moins nombreux que les pro-nucléaires.

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L’Ifop ajoute dans son analyse que 59% des Français se déclarent plus d’accord avec le « maintien de la part du nucléaire car elle assure l’indépendance énergétique de la France ».

Cette idée d’indépendance énergétique, a été développée sous Giscard D’Estaing et il en est encore très fier.

Avec la légende du prix moindre grâce au nucléaire, l’indépendance énergétique est une des excuses pour le développement en France de cette industrie dangereuse. Mais tout ceci est-il la vérité vraie de chez véracité ? La vérité peut parfois être arrangée, afin de mieux servir des intérêts.

Le saviez-vous, il y a des gens qui calculent le taux d’indépendance de notre pays, et par énergie s’il vous plait !

En même temps, les experts ont été assez sympa pour une fois dans la formule : pour calculer le taux d’indépendance, il suffit de faire le rapport entre l’énergie primaire produite localement en France et l’énergie totale consommée dans le pays.

Ainsi avec le nucléaire, selon d’autres experts, la production est faite en France donc le taux est bon, tenez comparez avec un beau graphique sur plusieurs années :

Il y a un premier paramètre qui tend à éroder ce taux ces dernières années : la consommation des ménages est en augmentation et nous sommes alors obligés d’importer de l’électricité depuis nos pays voisins. Comme le rappelait Elise Lowy et Jean Philippe Magnen, porte parole d’EELV : « Un Français consomme 25 % d’énergie de plus qu’un Allemand pour la même qualité de vie« .

Ainsi, suite à un hiver froid, en janvier dernier, notre pays a importé 1.739 gigawattheures (GWH) d’électricité en provenance d’Allemagne. Les exportations ont été de 169 vers ce voisin sur la même période, soit un solde importateur de 1.570 GWH. D’après RTE, « le solde mensuel avec l’Allemagne reste importateur depuis octobre 2011 ». Voici donc un premier accroc à notre fameuse indépendance.

Mais si vous revenez quelque peu sur ce qui vient d’être écrit : « pour calculer le taux d’indépendance, il suffit de faire le rapport entre l’énergie primaire produite localement en France et l’énergie totale consommée dans le pays« . L’électricité est bien produite en France, le vent, la force des eaux, des marées, le solaire, y’a pas de doute, ça passe par notre pays. Mais l’électricité produite avec le charbon, le pétrole, et surtout le nucléaire, repose sur un petit ingrédient qui change tout : la matière première. Et oui, l’électricité nucléaire, ce n’est pas spontané, et il nous faut trouver un combustible. Et où le trouve-t-on ? Une petite carte pour vous aider :


La production d’uranium d’AREVA, numéro 1 mondial, français, du nucléaire, avec 9 760 tonnes d’uranium extraites en 2012, ne vient pas du sous-sol français mais de mines exploitées au Kazakhstan, Niger, Namibie et Canada. Question indépendance, on peut faire mieux, quoique non : la dernière mine en France a fermé en 2001. Et puis, dans ces quatre pays, certains ne sont pas les rois de la stabilité démocratique.

Plus d’infos sur la duperie de l’indépendance énergétique du nucléaire, en suivant ce lien…

Alors, toujours convaincus des renseignements qu’on vous donne ? C’est toujours aussi sympa le nucléaire ?

Attendez, ce n’est pas fini… Nous y reviendrons prochainement en nous intéressant à ce fameux prix. Vous savez ce prix qui n’est pas si cher que ça puisqu’on produit avec du nucléaire, mais qui pèse de plus en plus dans votre budget.