#Sivens : trop de silences entraînent une suspicion de malhonnêteté

Europe Ecologie – Les Verts le répète, le rabâche : un silence trop long s’est instauré entre l’annonce de la mort de Rémi Fraisse et les premières déclarations des Ministres concernés, du Premier Ministre et du Président de la République.

Des socialistes, le FN ou encore des UMP-UDI, accusent les écologistes de « récupération politique » sur le sujet. La bien bonne excuse, dont ont déjà fait les frais les socialistes au moment de la mort de Malik Oussekine, qui ne sert qu’à botter en touche, faire diversion, éviter de parler du fond de l’affaire.

Nous étions dans une bataille de mots, à essayer de nous justifier sur le sujet : nous sommes sur le dossier de ce barrage inutile depuis des semaines, des représentants de notre parti (Cécile Duflot, José Bové, Noël Mamère, les élu-es et responsables locaux) avaient tiré la sonnette d’alarme. Mais que nous sommes trop crédules ! Ce n’est plus à nous de nous justifier.

Hier est paru sur Mediapart, un article plus que gênant, troublant, entraînant l’incompréhension, la colère, le sentiment d’être trompé par les autorités dites « responsables ». Plusieurs points essentiels sont à retenir :

L’utilisation des grenades offensives a été faite au mépris des règles qui y sont inhérentes

  • Tir en l’air, alors que le règlement réclame des tirs au sol,
  • Tir par des hommes de troupes, alors que le règlement réclame leur utilisation par des gradés,
  • Danger non avéré, alors que le règlement autorise l’ultime recours à ces grenades dans un cas de danger évident.

Les informations sont remontées très vite jusqu’au Ministre : en toute discrétion, un premier examen médico-légal de Rémi Fraisse est pratiqué deux heures à peine après sa mort qui conclut immédiatement à un décès provoqué par une explosion.

Enfin il est encore plus troublant de lire ceci :

Très vite, en tout cas, vers 2 heures du matin, la zone a été éclairée au projecteur, et le corps de Rémi Fraisse récupéré. Et en langage militaire, il a été « rendu compte »immédiatement au commandant d’escadron, et donc au préfet, au procureur, puis aux ministres de tutelle (intérieur et justice). Le dimanche 26 octobre, l’État sait déjà tout ou presque du drame, mais va choisir de feindre l’ignorance et de minimiser pendant 48 heures.

Hier soir, le Président Hollande était sur les chaînes de télévision pour une grand-messe de mi-mandat. A la supplique des proches de Rémi Fraisse demandant une transparence et un sérieux exemplaire sur l’enquête, il se devait de répondre.

Alors intervient l’évocation de l’utilisation des grenades offensives. France Info a fait le jeu du vrai-faux sur diverses déclarations du Président, voici celle sur le sujet des grenades :

François Hollande :

« Il y aura donc des enquêtes pour savoir exactement ce que sont ces grenades utilisées depuis 50 ans et qui, jusque-là, n’avaient pas tué. »

C’est faux

Remi Fraisse n’est pas la première victime d’une grenade offensive. En 1977, Vital Michalon, un professeur de physique de 31 ans, avait succombé à ses blessures après l’explosion d’une grenade au niveau du ventre en marge d’une manifestation contre le projet de central nucléaire Superphénix dans l’Isère. La justice administrative avait alors prononcé un « non-lieu ».

Nous sommes donc une fois de plus devant soit une méconnaissance du dossier, ce qui serait inquiétant venant des plus hautes autorités de l’Etat, soit devant une énième volonté de noyer le poisson. La confiance s’émousse, monsieur le Président, enfin le peu qui en restait.

Depuis le Parti de Gauche jusqu’à certains cadres d’EELV se sont élevés des appels à la démission du Ministre Cazeneuve. Je ne voulais pas m’engouffrer dans ce que je considérais comme une réaction émotive sous le coup de la colère, je voulais laisser l’enquête suivre son cours, laisser de la sérénité à la Justice. Mais à la lumière des faits dans l’enquête qui avance, M. Cazeneuve va devoir commencer à réfléchir à l’après. Si tout ce que nous découvrons jour après jour s’avère, si le Ministre est un honnête homme, digne et franc : il devra en tirer toutes les conséquences, et de lui même.

J’attends également beaucoup des travaux journalistiques, comme ceux de Mediapart, car je n’ai plus aucune confiance, suite aux divers silences, mensonges ou omissions, dans nos instances en place.

Le jeu du pourrissement a assez duré, la colère monte et ce n’est pas à coup de communiqués de presse ou de manifestations virtuelles que nous contiendrons les violences provoquées par les responsables de ce pourrissement. Hier, Les Inrocks titraient : Sivens – quand l’extrême droite tente d’infiltrer la ZAD. Nous en sommes là : la récupération politique n’est pas celle qui est dénoncée, et elle est plus dangereuse que celle imaginée.

Ces dossiers ne se gèrent pas comme une réunion pour résoudre des conflits au sein du Parti Socialiste : des décisions doivent être prises, justes, humanistes et franches. La France le doit à la famille de Rémi Fraisse.

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