Quelle économie pour nos territoires ?

Le 12 février dernier, l’information tombe : Renault va embaucher 1 000 personnes en CDI en France, en raison d’un triplement de ses bénéfices. En effet, le groupe a publié son bénéfice net pour 2014 : 1,89 milliard d’euros, soit plus du triple qu’en 2013. Et l’annonce ne s’arrête pas là, le fabricant automobile a annoncé qu’il signerait autant de contrats d’apprentissage. Pour l’emploi, comme pour la formation des jeunes, voilà des nouvelles très réjouissantes.

Cependant, si on s’intéresse un instant au rapport coût de l’emploi/triplement des bénéfices (pour rappel : 1,89 milliards d’euros), et même s’il est normal que d’autres investissements et rétributions puissent être envisagés, on est en droit de se demander à combien devrait se chiffrer les bénéfices des entreprises installées en France pour réduire un temps soit peu les chiffres du chômage de notre pays.

Par le passé, Renault a également eut une politique particulièrement froide et comptable sur les délocalisations d’entreprises, la recherche de rentabilité maximum quitte à fermer des usines complètes et laisser des territoires et leurs populations à un sort économique difficile. Ces emplois créés, même s’ils résultent aussi d’accords signés avec les partenaires sociaux, vont-ils être pérennes et ne pas disparaitre sous quelques années, toujours dans une recherche du bas coût.

Mais ce qui intéresse l’habitant du canton de Saint Jean-le-Blanc, au delà du plaisir qu’il peut tirer de chiffres nationaux, c’est sa vie quotidienne : son emploi, en trouver un, le garder, en tirer ce qu’économiquement on appelle le « pouvoir d’achat » et qui souligne surtout de pouvoir remplir ses besoins journaliers. Manger, habiter, se chauffer, éduquer ses enfants, vivre sa commune au quotidien, pouvoir acheter son pain, faire ses courses pas loin de chez soi, avoir des loisirs, éviter les dettes…

L’emploi ne se crée pas obligatoirement au niveau de la commune ou du canton, mais il y rayonne. Une personne habitant Sandillon ira travailler sur La Source ou d’autres communes autour d’Orléans.

Et c’est cet emploi de proximité qui doit être ou créé ou pérennisé. Pérennisé sous entend qu’il doit s’agir d’un emploi durable, sans un risque de disparition en un coup de baguette magique de financiers ne fréquentant pas nos territoires.

La solidarité pour économie

essIl est un secteur méconnu de l’économie qui est pourtant un des rares à embaucher. Il s’agit de l’économie sociale et solidaire (ESS). Puisqu’il y a méconnaissance, autant qu’il y ait définition : qu’est-ce que l’économie sociale et solidaire ?

Comme l’explique le site du Ministère de l’économie, le concept d’économie sociale et solidaire (ESS) désigne un ensemble d’entreprises [publiques ou privées] organisées sous forme decoopératives, mutuelles, associations, ou fondations, dont le fonctionnement interne et les activités sont fondés sur un principe de solidarité et d’utilité sociale.

Ces entreprises adoptent des modes de gestion démocratiques et participatifs. Elles encadrent strictement l’utilisation des bénéfices qu’elles réalisent : le profit individuel est proscrit et les résultats sont réinvestis. Leurs ressources financières sont généralement en partie publiques.

L’économie sociale, prise au sens le plus large représente 1,8 million d’emplois en France et pèse près de 10 % du produit intérieur brut (PIB).

emplois-dans-l-economie-sociale-et-solidaire

 

« Ce secteur concentre 14% des emplois dans le privé », souligne une étude de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) sur le sujet. Il représente ainsi un sérieux vivier d’emplois pour les 10 prochaines années : 600.000 recrutements sont prévus d’ici 2020, notamment pour pallier les départs en retraite. Ces emplois ne sont pas délocalisables.

Services à la personne, associations de ré-insertion, de promotion de l’agriculture paysanne, coopératives, les exemples sont nombreux et les pistes de projets pour cette autre économie doivent être explorées pour créer un tissu économique solide et viable sur nos territoires.

Un autre secteur porteur d’emploi : l’artisanat

cart1_thS’il était besoin de redéfinir l’artisanat, tournons nous une fois de plus vers Wikipedia qui nous dit :

L’artisanat est la production de produits ou services grâce à un savoir-faire particulier et hors contexte industriel : L’artisan assure en général tous les stades de sa production, de transformation, de réparation ou de prestation de services, et leur commercialisation.

Certes, une entreprise artisanale ne regroupe pas, en moyenne, plus de dix salariés. Mais le savoir-faire, la qualité du travail, un modèle économique maîtrisé font que ce secteur, qui a connu de sérieuses difficultés, est aujourd’hui, comme l’annonce le Fond national de Promotion et de Communication de l’Artisanat, la première entreprise de France.

Ces Très Petites Entreprises (TPE) représentent 97 % des entreprises françaises, alors que les entreprises de 20 à 249 salariés (dites PME) n’en représentent que 3% et les grandes entreprises (250 salariés et plus) atteignent tout juste 0,2%.

Les TPE, incluant les artisans, représentent plus du tiers de l’emploi en France (37%, contre 27% pour les PME et 36% pour le grandes entreprises.

Elles produisent à elles seules 28% de la valeur ajoutée en France.

Voilà les vrais défis économiques à relever : soutenir des secteurs créateurs d’emplois, locaux, non délocalisables, pérennes et responsables. Un travail de fond moins tape à l’oeil que de faire venir à coup de subventions une multinationale qui ne paye aucun impôt dans notre pays et se tient prête à aller voir si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs.

Et pendant ce temps là

Entre temps, une autre information est tombée qui vient calmer notre joie sur celle arrivant de Renault : le pétrolier Total a publié des résultats 2014 en chute, taillant ainsi dans ses budgets, restructurant le secteur du raffinage. En d’autres termes, le pétrolier annonce une réduction de ses effectifs de 2.000 personnes en 2015. Pompeusement, le groupe communique sur 6,5 milliards de dépréciations d’actifs au quatrième trimestre, essentiellement dans les sables bitumeux au Canada, le gaz non conventionnel et le raffinage européen. Autant dire des secteurs qui devaient « sauver » l’industrie pétrolière… Comme les fameux gaz de schiste, bulle spéculative qui est en train d’exploser.

En savoir plus :

Article paru initialement sur le site de campagne aux départementales « Plus-Solidaires »

Laisser un commentaire