Omerta : fin. Maintenant, on parle.

Gros titres ce matin, après une co-enquête de Mediapart et France Inter : Baupin mis en cause dans des affaires de harcèlements, dont certaines peuvent sûrement être qualifiées de tentative de viol, si ce n’est même de viol. Légitimement, aux diverses lectures, chacun-e est en droit de se demander pourquoi le parti EELV n’a pas réagi.

Oui, je savais, pas tout, pas complètement. Autour d’un bon verre de vin, en soirées amicales, tour à tour, des camarades, pour certaines des amies, parlaient, se confiaient et je blêmissais, et je savais que ça tomberait un jour, il fallait que cela tombe, mais comment, que faire, mon silence me rendait coupable. Soutenir ? Parler ?

En 2013, pour le congrès EELV de l’époque, je signais une contribution sur la base d’un texte. Je ne savais pas qui étaient mes co-signataires, on était venu me chercher. Quelques jours plus tard, un ami militant du Nord me lança cette apostrophe : “mais comment peux-tu signer avec un violeur ?”. Lui savait, moi pas. Je trouvais la phrase violente, relevant peut-être de rumeurs exagérées, on ne peut concevoir l’inconcevable, surtout dans un parti féministe, moderne, égalitaire. J’étais en colère qu’on m’adresse cette accusation. Je ne savais pas, lui si. Cependant, je m’inquiétais, me renseignais en douce, de ci, de là et la “rumeur” ne semblait plus en être une, mais aucun nom ne m’était donné, aucune preuve.

Au hasard de la sortie de son livre, Manuel de survie à destination des femmes en politique, je me rendais dans une librairie rejoindre Sandrine Rousseau, où nous nous retrouvions à boire un verre en présence de militant-es et d’élu-es surtout socialistes. Rapidement, la conversation déviait depuis le féminisme, les réactions machistes, jusqu’à DSK. Sandrine me fit remarquer que le PS n’avait pas le monopole de cette honte, nous aussi, elle en savait quelque chose. Interloqué, je faisais le rapport. Sandrine était la première qui me mettait sur une piste.

Lors du Conseil fédéral de mai 2015, Dominique Trichet-Allaire, responsable de la commission féminisme chez EELV, monte à la tribune. Devant la stupeur générale, elle dénonce, sans donner de nom, devant la Secrétaire nationale de l’époque. Assis à côté de Gérôme, nous nous regardons, blancs comme des linges, je m’enfonce dans mon siège, comme si j’étais coupable, en fait je me sentais coupable.

Petit à petit, à force de parler, je découvrais que des personnes de mon entourage étaient victimes. Elen, avec qui j’avais picolé, ri, auprès de qui je me suis souvent confié tant au niveau de doutes politiques que personnels, m’annonçait qu’elle aussi. Annie, avec qui nous bossons au sein de la Conférence des régions, le regroupement des Secrétaire régionaux, que j’ai découverte et appréciée au fil des années, me disait qu’elle aussi. Chaque fois je cherchais que faire.

Alors, en marge du dernier Conseil fédéral d’EELV, dans un café du 11ème, Patricia et Maryse avaient l’air grave quand, quittant un groupe de personnes, je les rejoignais. “Elles vont le faire”, me disent-elles. Tournant la tête vers le groupe de copines, je vois Elen, Sandrine, Dominique, Annie discuter dehors, heureuses de parler entre elles, comme presque… libérées. Je m’inquiète : des preuves sont-elles là, comment vont-elles le faire, sont-elles juridiquement conseillées. Et là, je me rends compte de la difficulté de la victime, et là je décide que je soutiendrai, parce que je m’étais trop tu, perdu devant l’incapacité à affronter les faits, à savoir comment les résoudre.

Aidées par les journalistes qui viennent de remplir un acte militant d’information et d’aide pour toutes les victimes, elles ont été accompagnées, mais surtout, elles ont voulu parler, violenter leur pudeur, leur gène, le danger du jugement d’autrui, le tombereau de saloperies qui se diraient sur les réseaux sociaux, et qui se disent en ce moment. En faisant cela, non seulement, elles aident chaque victime dans un processus de reconstruction, mais également les personnes paumées, les ami-es démuni-es qui apprennent qu’un ou une proche a vécu telle choc. Et, je l’espère, elles vont faire prendre conscience à Denis qu’il est malade, et que cela se traite, et cette phrase n’est pas méprisante.

Notre parti doit faire corps, on pourrait dire qu’il s’agit d’une affaire personnelle. Non, elle fut collective, dans nos gênes, nos silences. Si nous assumons collectivement, peut-être aiderons-nous d’autres partis à faire le même travail, car, j’en suis sûr, d’autres silences doivent exister, ailleurs.

12 réflexions sur “ Omerta : fin. Maintenant, on parle. ”

  • mai 9, 2016 à 10:46
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    Je n arrive pas à comprendre comment on peut penser que le harcèlement sexuel soit le fait d une maladie , je n y crois pas une seconde …c est encore un moyen comme un autre d excuser les hommes qui s y adonnent …

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    • mai 9, 2016 à 12:45
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      On peut aussi se dire l’inverse, comme par exemple: peut-on être normalement constitué psychologiquement pour envoyer des centaines de SMS obscènes à des femmes (et vice-versa) ?

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      • mai 9, 2016 à 2:39
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        C’est pas si compliqué: à partir d’un certain niveau d’initiation au sein d’un parti, on fait partie du club donc TOUT est permis. (suffit de voir la citation de Jean Frydman sur l’affaire DSK…)

        Donc si vous êtes victimes de ce genre d’abus mais que ça viens “d’en haut” vous devez choisir entre l’intégrité qui mène à l’exclusion (en politique comme dans la mafia on n’aime pas les “balances”) ou la soumission qui peut vous aider à monter les échelons . Aussi simple que ça.

        Mais enfin être à ce niveau de contradiction entre les paroles politiques et les actes…on est en droit de ce dire que ce n’est pas plus de la maladie mentale que du foutage de gueules !
        Après ça faut pas se plaindre de la montée du populisme..vous le méritez !

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  • mai 9, 2016 à 1:18
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    maladie ou pas, ce qui est condamné par la loi, c’est le comportement, quelles qu’en soient les causes pathologiques ou pas et c’est très bien comme ça….le problème c’est que dans sa définition légale, le harcèlement sexuel est un motif de licenciement, donc faire exploser un scandale après le départ de l’intéressé ne l’expose à aucune sanction disciplinaire et peut tout au plus lui causer quelques gènes passagères en terme de notoriété (vu qu’on a un peu la mémoire courte sur les agissements de nos politiques et que le temps efface beaucoup de choses, cf DSK, Balkani,Thevenoud, Juppé pour ne citer que les plus médiatisés).

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  • mai 9, 2016 à 4:27
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    A la différence de Manuel Valls, qui disait (qu’)”expliquer c’est justifier ou pardonner” à propos des attentats de Paris, je crois que trouver des explications à un comportement est un travail utile pour les victimes. Il y a des sanctions obligatoires à poser pour ces actes intolérables. Il y a aussi à comprendre ce qui pousse à commettre ces actes car c’est un moyen d’y faire face pour les victimes. C’est aussi mettre en lumière ces agissements pour y voir la “mécanique” qui y conduit et pour voir éviter qu’elle se reproduise. Gros travail en perspective mais nécessaire pour modifier la société dans son rapport homme/femme

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  • mai 9, 2016 à 5:30
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    La responsabilité collective n’existe pas.

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  • mai 9, 2016 à 11:53
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    Le pire dans tout ça HERPIN, c’est que tu savais (pas tout mais bon 2013-2015….) c’est trop facile aujourd’hui, tu ressembles aux résistants de la dernière heure, ceux qui collaboraient dans l’ombre!! Comment peux tu encore les regarder dans les yeux tes amies? Tu craignais quoi? D’être un héros? Il te faisait flipper BAUPIN? Tu avais peur d’être exclu du parti? Mea culpa, “CHAQUE FOIS je cherchais quoi faire”, mais simplement lui démonter la gueule mon gars, l’envoyer chez les flics, protéger tes amies!!!! Tu vois, permet moi encore de te tutoyer même si je ne te suis pas intime fort heureusement, alors oui tu vois, ce qui me dégoute dans tout cela, ce n’est même pas ta lâcheté, c’est que tu arrives encore et toujours à INTELLECTUALISER celle ci pour justifier de ton manque de courage. “OMERTA : fin. Maintenant, on parle”. J’ai honte pour toi!! Hughes DELVALLEE (Moi aussi je signe, mais je n’ai besoin de blog, J’AGIS! HERPIN.)

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    • mai 11, 2016 à 6:37
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      Toute violence est néfaste, y compris celle de dire de facon appuyée, que l’autre à eu tord de se taire, Il est très facile de critiquer, de condamner, évitons.
      il parle maintenant, il accompagne les concernées, les femmes, c’est une démarche qui me plait à moi la femme féministe qui a vécu.
      Oui, cette focalisation sur le sexe est un symptome d’un déséquilibre affectif, pas une maladie mentale, les spécialistes, sexologues et psy le préciseront. J’ai lu tant d’auteurs qui parlent de divers troubles des hommes par rapport aux femmes, tout cela vient de l’enfance, voir l’exelent bouquin traduit de l’allemand, gérald Huter : L’homme le sexe fort? un cerveau bien particulier.
      , Mr Beaupin doit voir cela avec un bon psy.
      Ne jetons pas le bb avec l’eau du bain, cela ne retire rien à Denis beaupin dans ses compétences professionnelles, sa force de concentration, de travail, ses positions idéologiques écologiques, mais si il avait pu se mettre en retrait concernant les sujets sensibles!!
      Enfin, l’inconscient de l’humain est souvent bien plus fort que son intellect, regardons en chacun d’entre nous, nous avons bien du travail à faire, chacun à notre échelle, femme et homme, mais les femmes sont plus fortes, ont bien moins peur de regarder en elles memes, de prendre du temps, l’homme a trop peur il fuit .
      Soyons discrets concernant cette personne, centrons nous sur le sujet, et sur ces hommes politiques ou non qui continuent ouvertement à etre des machos, des harceleurs en puissance, sans aucune honte, au lendemain de la révélation de cette affaire.

      Que faire? des conférences, des groupes de travail hommes femmes, hommes hommes, il faut parler, mais pas à tord et à travers, parler avec l’appui des spécialistes de la psyché humaine qui pourront expliquer ce qui se passe dans le cerveau d’un homme qui bondit sur tout ce qui a une jolie apparence féminine!!

      Le monde est peuplé d’humains, hommes femmes, aucun des genres n’est supérieur à l’autre . Si tout le monde pouvait intégrer cela, en tout cas, un peu plus, ne soyons pas impatients, soyons lucides, actifs, constructifs, le monde avance, irrémédiablement vers un nouvel état de conscience.

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  • mai 10, 2016 à 3:52
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    Moi j’ai envie de dire merci. Merci à ces femmes pour leur courage. Et merci aussi à Mr Herpin, que je ne connais pas, de sortir du bois à son tour.
    Oui, comme le dit Mr Delvallée, sans doute aurait-il du parler plus tôt, mais le voila en tout cas qui parle. Puisse-t-il être rejoint par d’autres pour faire évoluer drastiquement les rapports entre homme et femme, et permettre à toutes celles qui en souffrent de pouvoir se reconstruire.

    En tout cas, comme tant d’autres citoyens conscients de la biosphère dont ils inter-dépendent, je ne peux m’empêcher de comparer le traitement infligé à la Terre (entité le plus souvent féminine dans les différentes cultures et traditions autour du monde), depuis la naissance de l’agriculture et des sociétés hiérarchiques pyramidales et patriarchales, et celui infligé à trop de femmes par nous les hommes, depuis des siècles, chasse aux sorcières inclue.
    Sans assumer et restaurer l’harmonie entre notre féminin et masculin intérieurs, puis entre hommes et femmes, je ne vois pas très bien comment nous pourrions retrouver le chemin de l’équilibre avec notre planète bleue et ses innombrables autres espèces…

    Gauthier Chapelle

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