Noël : la preuve de nos racines chrétiennes… ou bien…

En fouinant les vieux articles de mon blog, je me suis aperçu que j’avais instauré une espèce de tradition : faire un billet pour la Noël. J’aime bien dire LA Noël, cela fait tellement suranné, comme un petit goût d’autrefois, d’orange pour seul cadeau, de feu de cheminée (avec insert, sinon ça pollue), de neige qui étend son manteau blanc (tiens, elle est où la neige ?), de verre de lait dans lequel on trempe des Chamonix, de Tino Rossi non touché encore par un passé de collabo, de plein de trucs que même moi je n’ai pas connu (ou que je fais semblant de ne pas avoir connu, car les Chamonix, je n’aimais pas trop ça). Et si nous revenions dans notre sujet, parce que là, ça sent la digression à plein nez ?

Donc il va me falloir trouver quelque chose pour ce billet de Noël : cette année, point de vidéo rigolote, pas de recette de machins végétariens qui ne font plaisir qu’aux végétariens. J’ai bien une petite idée, mais vous allez râler. Enfin, les plus cathos d’entre vous vont râler pendant que les plus gauchots vont se rire d’eux (c’est moche ce que vous faites, mais tant pis pour ces crédules).

En ces temps troublés de noirceurs et de tristesses (ça commence comme un conte), il est des vérités qu’il faut rétablir. Chacun sait déjà que si le vieux barbu qui ne bossent qu’une fois par an (il a pigé la réduction du temps de travail avant tout le monde) s’habille de rouge, c’est de la faute de Coca Cola, si vous ne le saviez pas, on va partir du principe que maintenant c’est fait. Tout pour plaire à un écolo : chantre du consumérisme, manipulé par un empoisonneur au caramel de synthèse impérialiste. Mais bon passons, vous voulez consommer, faites, faites, on vous laisse une nuit tranquille, mais on en reparle bientôt… En tout cas, ça nous fait déjà un joli mensonge. Et en plus il n’existe pas. Vous ne le saviez pas ? Désolé, c’est aussi une tradition chez moi depuis l’école primaire : mes parents ne m’ayant jamais menti sur ce sujet, j’aimais souvent rétablir la vérité à la récréation, puis prendre un air angélique devant l’institutrice qui me toisait méchamment du regard en consolant une ou un copain de classe, enfin futur ex copain.

Mais Noël, c’est aussi THE big teuf chrétienne, sonnez hautbois, résonnez trompettes et tout le tintouin. Cette nuit, nous fêterons la naissance d’un type qui n’a pas fait exprès de laisser derrière lui guerres et désolations, alors qu’il ne voulait que la paix et l’amour, un peu comme Miss France, mais en plus classe. Enfin, nous le fêterons… pour ceux qui s’en rappelleront entre deux tranches d’oies torturées et un toast de poisson orange piqué à l’eau salé et au gras.

Un type tellement européen : barbe de hipster mais sans les fringues, allure de babos pas trop crade pour les familles pour tous, une djellaba mais pas trop typée arabe, une peau trop blanche pour un mec de là-bas, des valeurs en veux-tu-en-voilà, tellement qu’elles sont bien qu’on les dirait taillées sur mesure pour notre Occident victorieuse (victorieuse de quoi, on ne sait pas, mais victorieuse quand même). Et c’est là-dessus que vont capitaliser des personnes depuis l’intérieur de l’UMP jusqu’aux tréfonds de l’extrême-extrême-droite que c’est pas possible qu’on imagine comment ils sont méchants tellement qu’ils y sont.

Nous avons des racines chrétiennes, voilà tout est dit, c’est comme ça, c’est un fait : la France est fille aînée de l’Eglise, Dieu a choisi nos rois, y’a pas à y revenir. Bon, déjà, on va se calmer. L’idée de France, c’est pas si vieux, au regard de l’histoire du lopin de terre où nous sommes posés. Autrefois, on était serf d’un seigneur qui lui même était vassal d’un roi, enfin vassal, suivant le sens du vent, parce que entre les Capets, les Valois, les Plantagenêt, les Anjou, j’en passe et des meilleurs, tous ces cousins, ça se cognait bien sur la trogne. Les seigneurs passaient d’un camp à l’autre, le peuple pigeait pas trop et pas grand monde, voire personne, non en fait, j’insiste vraiment : absolument personne, n’avait une idée de France. Ne considérons même pas le territoire de Clovis, chef de guerre et non roi, et pas que Franc, donc pas que Français, car y’a du teuton chez le monsieur. Ignorons celui de Charlemagne, empereur certes, mais n’oubliez pas que sa capitale n’était pas sur le territoire de l’actuelle France. Faisons un focus sur ce bout d’Europe un peu après la guerre de 100 ans (coucou Jeanne d’Arc si tu nous lis, on recausera de toi, un jour).

Ah oui c'est le bazar si on a un regard de français des XIXème, XXème et XXIème siècles
Ah oui c’est le bazar si on a un regard de français des XIXème, XXème et XXIème siècles

Bon alors déjà, moi l’orléanais, dont la famille est là depuis… euh en fait, on ne sait pas, mais bon, je suis sur un territoire qui a toujours été français, enfin dans cette période, parce qu’avant il n’y avait pas la France, houlala on s’emmêle, bah oui c’est pas simple dès qu’on fouine un peu. En tout cas, moi je suis d’Orléans, et j’ai pas de leçon d’attitude française à recevoir d’une fille d’un militaire au passé trouble de la Trinité sur Mer. Hey, retourne dans ton pays, espèce de Bretonne ! (euh je n’ai rien contre la Bretagne, hein, c’est pour dire, ne me regardez pas comme ça, c’est gênant).

Mais au fait, nous ne devions pas parler de Noël ? Ah oui Noël… La naissance du Christ.

Enfin… La naissance du Christ… Si on veut.

Aux premiers siècles (après Jésus Christ évidemment), les Grecs célébraient sa venue le 6 janvier, à l’occasion de l’Épiphanie (d’un mot grec qui désigne une apparition, le genre de truc hallucinatoire pour lequel on soigne les gens de nos jours,… Jeanne D’Arc, tu nous lis toujours ?). Ah mince, cela n’a pas toujours été le 25 décembre. Ça commence mal.

En fait, il y avait à cette date des festivités païennes marquant le solstice d’hiver, symbole de la renaissance du soleil. Noël a été positionnée à la même date dans le but de remplacer ces fêtes et, symboliquement, pour associer la naissance du Christ à la notion de lumière croissante. L’Europe (enfin le bout d’Europe connue) n’étant pas complètement christianisée, outre des fervents d’antiques religions, des vikings, des musulmans (oui oui des musulmans en Occident, et ça se passait plutôt pas mal question commerce), et des juifs. Ces grands oubliés de l’histoire que l’on ne voit réapparaître que plus tard, et pas dans les meilleures conditions étaient là, bien là, et déjà persécutés. Ainsi le bon et Saint Louis IX leur faisait porter une marque distinctive : la rouelle, petit cercle d’étoffe jaune dont le port sur les habits est obligatoire. Je n’en dis pas plus, on atteindrait le point Godwin en moins de temps qu’il ne le faut pour le penser. Ah bah, c’est malin : vous y avez pensé.

Pour éviter de malsaines compromissions, l’Église catholique met désormais l’accent sur la commémoration de Pâques et de la résurrection plutôt que sur Noël et la Nativité. Mais ça marche pas : le mercantilisme est plus fort que les impénétrables voies décidées au Vatican.

Noël n’est donc pas vraiment chrétien, la France n’a pas toujours été la France, on s’entendait vraiment pas mal avec les musulmans tant que ça fonctionnait au niveau des échanges, alors, par la magie de Noël (qui n’est pas Noël), je vous en implore : lâchez nous la grappe avec vos préjugés racistes, haineux et maladivement obsessionnels : si vous en appelez au Christ, relisez son message. Même si on n’est pas certain qu’il soit fils de Dieu, et pour moi, vraiment pas certain du tout, il y avait au moins plus de réflexions dans sa philosophie que dans l’esprit de ceux qui en sont les fanatiques. De toute façon, vous ne vous êtes même pas aperçus que vos idées ont été colonisées par un palestinien, quoique comme la France, la Palestine ne devait pas être la Palestine.

Et puis, une dernière chose, Noël viendrait soit « d’Emmanuel » (ce dont on se fout et qui ne m’apportera rien à ma conclusion), soit de « natalis », natalité. Il est né le divin enfant ? Nan nan, le soleil, il est né, dans la plus pure tradition du paganisme de nos contrées (alors que pour Nicoletta, il est mort). Car, je vous souhaite une bonne fête du natalis solis invicti.

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