NDDL : des projets du passé, des boulets du futur

1967 est une année à retenir car elle fut déterminante pour les moments que nous vivons actuellement. Au-delà de ceux qui savent que c’est mon année de naissance, information pas si saugrenue, nous allons le voir par la suite, cette date est celle de décisions qui ont modelé notre quotidien, et pas toujours pour l’arranger.

1967, nous sommes en plein dans la France de De Gaulle, les trente Glorieuses, la reconstruction est pratiquement achevée, mais notre pays continue à se transformer, dans son élan de modernisme. Les villes nouvelles poussent comme des champignons, avec des architectures si souvent décriées par la suite, mais elles participent à l’éradication des bidonvilles entourant Paris, comme celui de Nanterre.

Le programme nucléaire civil est en pleine expansion, pendant que le nucléaire militaire croît également, devant garantir à la France une importance stratégique certaine en pleine guerre froide, c’est d’ailleurs l’année de la mise en service du réacteur Célestin I à Marcoule pour la production de tritium.

Nous sommes à un an de profonds troubles sociaux qui révolutionneront les esprits à en agacer Sarkozy et Zemmour jusqu’à nos jours. Nous vivons alors à deux ans d’un petit pas pour l’homme. Pompidou se succède à lui même au poste de Premier ministre, Chirac et Giscard commencent à compter politiquement, la gauche progresse aux législatives mais ne gagne pas, même si la droite a eu très chaud, le PCF fait un score très honorable aux cantonales, mais c’est aussi les années d’insouciance d’une France qui découvre l’exposition Toutankhamon tout en pleurant le décès de la belle Françoise Dorléac, sœur de Catherine Deneuve.

La France est grande, elle s’est relevée de son humiliation de 40, la France est moderne, la France a de fortes ambitions.

L’informatique semble être une de ces nouvelles sciences pour l’avenir, on appelle alors ces machines des « calculateurs ». Notre pays ne doit pas être en reste. C’est ainsi qu’en 1966, le Général De Gaulle, inspiré par Michel Debré et un groupe de hauts fonctionnaires et d’industriels, lance le Plan Calcul : ce plan devait assurer l’indépendance du pays en matière de gros ordinateurs. Ce sera un échec, un scandale financier, l’affaire CII-Honeywell Bull. Valéry Giscard d’Estaing, élu président en 1974, mit fin au projet en 1975, des milliers d’informaticiens français en souffriront, la France ne sera que de façons anecdotiques en pointe dans ce domaine.

Le 11 décembre 1967, sort des hangars le fleuron de la technologie française (et anglaise quand même un peu…), le rêve du futur : Concorde, ce vaisseau futuriste, au fuselage qui a du faire pâlir le concepteur des Thunder Birds. Comme on le voit dans l’illustration de cet article, cette publicité de ces temps anciens (pas tant que ça quand même, n’oublions pas que je suis né cette année là), nous montre que la France annonçait la couleur : demain, il y aura deux sortes de compagnies aériennes, celles qui ont Concorde et celles qui mettent deux fois plus de temps. Et bien demain, c’est aujourd’hui : on a vu ce qu’on a vu, 113 personnes en sont mortes.

Mais à l’instar du Minitel, arrivé plus tard, nous avons tendance à moquer le Concorde. Non pas pour la technologie ou le rêve qu’ils apportaient, mais plutôt sur les symboles de prétention, de franchouillardise qu’ils ont pu représenter : maintenant, ça suffit, c’est français, ça monsieur !

Au chapitre des transports, 1967 fut dans la période du grand rêve futuriste de l’aérotrain. Chaque orléanais le connait, puisqu’il en suit ses vestiges lorsqu’il prend la Nationale 20 ou le train en direction de Paris.

Après de lourds investissements, des recherches impressionnantes sous la houlette de Jean Bertin, des essais déplaçant le Président de la République, le projet sera stoppé en 1977 au profit d’un autre : le TGV, deux ans après le décès de l’ingénieur Bertin.

Petit à petit, ces fleurons de l’intelligence française tombent dans l’oubli : je vous parle d’un temps, que les moins de vingt ans, ne peuvent pas connaitre.

Mais il est des archéologies qui perdurent. 1967 est aussi la date où on compare 18 sites différents pour un nouvel aérodrome dans l’ouest et on retient deux lieux à proximité de Nantes (celui de Notre-Dame-des-Landes et celui de Guémené-Penfao) susceptibles d’accueillir ce projet. Ce sera un an plus tard que le choix se portera sur le bocage de Notre Dame des Landes, ce sera plus tard qu’on envisagera plutôt un aéroport qu’un aérodrome, tout en passant par 1974, où le choc pétrolier a failli avoir raison de cette idée.

Voilà pourquoi je comparais mon année de naissance à la longévité d’une idée : depuis ce temps j’ai grandi, j’ai appris, j’ai changé, je me suis remis en question. Ce projet non, même si nous sommes de la même génération, celle du plan calcul, du Concorde, de l’aérotrain, que nous rions encore du Minitel, qui était techniquement supérieur à l’internet, mais un poil trop fermé, trop compliqué, trop français. J’espère mourir après Notre Dame des Landes, quand même. En tout état de cause, cet aéroport, si il était construit, n’accueillera pas le fleuron de l’aéronautique qui lui était contemporain, le Concorde.

Il est un dernier point qu’il faut savoir. En mars prochain, auront lieu des élections : les départementales. Les assemblées départementales sont de ces collectivités, depuis que l’Etat s’est décentralisé, qui imaginent le meilleur et le pire, comme ces grands projets inutiles et imposés (GPII), nous l’avons vu au Sivens. Pensez-y lorsque vous irez voter.

Texte sur une idée de Julien Rey, qui a croisé la publicité du Concorde dans les archives familliales et a fait le rapprochement avec Notre Dame des Landes.

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