Mais à qui tu causes Jean-Vincent ?

Les vacances d’été, ce moment terrible où tu te dis : zut zut zut, il va se passer quelque chose à la rentrée, je dois me préparer pour en être, et même, être l’instigateur. Les journalistes égrainent tour à tour leurs congés payés, même dans les rédactions de droite, on se doit de respecter ce reste d’acquis sociaux. C’est le temps du stagiaire, des marronniers d’été, de la moindre brève parce qu’on n’a pas grand chose à se mettre sous la dent. Alors c’est le moment où si tu te débrouilles bien, tu peux faire causer dans Landerneau ou, tout au moins, dans le microcosme parisiano-mediatico-tweetesque.

Et toi mon Jean-Vincent, tu n’es pas bête, tu l’as pigé tout ça. Et même, malgré ta cravate, tu as une âme rebelle, j’irai même jusqu’à l’adjectif de punk capable de se faire applaudir par un Conseil fédéral EELV en lui vendant le contraire de ce qu’il pense, tout simplement parce que ce même Conseil fédéral appréciera ta diatribe maligne… Sauf qu’il n’est toujours pas d’accord avec toi.

Il aura fallu que tu en fasses la pub toi-même car le mari de Carla fait la couverture, il nous embête celui-là, mais bon tu chasses sur ses terres, quand même. Mais ça y est, les copains et les copines du Front de Gauche, après un tweet du sieur Nazaret du JDD, t’ont repéré : tu dois te frotter les mains, tu vas les outrer.

Oui tu l’as fait, tu as osé et j’en suis admiratif : les Sid Vicious, les David Bowie, les Gainsbourg et autres Kurt Cubain peuvent t’accueillir dans le monde du doigt fièrement tendu. Tu as osé faire du « fuck » avec une vieille tapisserie cramoisie de brocante de province : une interview dans Valeurs Actuelles (je mets un lien, comme toi, j’aime aider la presse en difficulté, même fortement subventionnée).

Passons rapidement sur le choix du magazine sur la photo. Elle est très jolie, et j’en profite pour féliciter le photographe de l’AFP : belle lumière, beau travail de l’espace, bon placement du sujet, même s’il penche à gauche malgré une main forte retenant ce penchant pour éviter la chute. Ah non, une photo, c’est inversé, ah zut, on ne sait plus où tu penches. Mais comme disait Mitterrand : « le Centre, cette variété molle de la Droite, n’est ni de gauche, ni de gauche ». Mais avant de passer sur la photo, ça fait pas un peu riche, et, j’ose, bourgeois vieille France, ne trouves-tu pas ? Le velours rouge, les ors du Sénat, ta posture sérieuse voire même majestueuse, puisque tu m’as appelé « la Firme des régions », permets-moi alors de te trouver à mon tour un surnom… Nous dirons que cela fait un peu… Notaire.

Et puis il y a cette citation : Rivarol. Oh mon Dieu ! RIVAROL ! Mais qui lit encore Rivarol ? Nous parlons bien de ce mythomane d’origine italienne faisant croire à sa noblesse ? Rassure moi, ce n’est pas le journal Rivarol, tout de même. Une ambiguïté qu’un lecteur de Valeurs ne manquera pas de faire. Tiens, relisons ce que disait Sainte-Beuve de Rivarol :

« Une figure aimable, une tournure élégante, un port de tête assuré, soutenu d’une facilité rare d’élocution, d’une originalité fine et d’une urbanité piquante, lui valurent la faveur des salons […] Rivarol semblait ne mener qu’une vie frivole, et il était au fond sérieux et appliqué. Il se livrait à la société le jour et travaillait la nuit. Sa facilité de parole et d’improvisation ne l’empêchait pas de creuser solitairement sa pensée. Il étudiait les langues, il réfléchissait sur les principes et les instruments de nos connaissances, il visait à la gloire du style. Quand il se désignait sa place parmi les écrivains du jour, il portait son regard aux premiers rangs. Il avait de l’ambition sous un air de paresse. »

Amusant, non ?

De toute façon, c’est pas bien grave, je lis autant Rivarol que Valeurs actuelles (c’est bizarre cet adjectif accolé à ces valeurs du passé, non ?)

Alors vient la première question, cette insidieuse question emprunte de commisération méprisante sur cette jeunesse désœuvrée et semblant par trop violente vue des fins fonds d’un salon du XVIème arrondissement ou d’une arrière boutique d’un bourgeois orléanais qui finalement n’en croise pas si souvent du « jeune de quartier ». Non ce n’est pas la réponse que tu fais qui me gène, mais pitié trouvons une autre expression que « ascenseur social », c’est tellement vingtième siècle, te répondra un jeune, donc ce n’est pas ta réponse qui me gène, mais c’est leur question. Ce style louvoyant, de serpent qui siffle sur nos têtes, ne doit jamais nous faire oublier que Valeurs Actuelles, c’est l’insulte mensongère à Esther Benbassa, c’est la dictature du vélo, c’est nos paysages défigurés par les éoliennes, c’est ce journal fangeux qui présente une photo de Cécile Duflot faisant le parcours de la commission handicap d’EELV à nos Journées d’Été en arguant qu’elle se moque des personnes en fauteuil roulant. Et puis, c’est le mensonge poussé à son paroxysme poujadiste :

Cliquez d’un air dégouté sur l’image pour lire l’excellente analyse d’Adrien Saumier

D’ailleurs, j’en profite… Je rebondis : dans les Dingodossiers, lorsque Gosciny et Gotlib voulaient représenter un ultra-conservateur refusant le modernisme, ils affublaient un monsieur d’un sérieux austère, de lunettes à montures noires et d’un Valeurs Actuelles, déjà, à l’époque, dans les années soixante, au siècle dernier.

Alors, mon Jean-Vincent, tu me diras que tu n’as pas dit que ça, que je m’arrête à la photo, à Rivarol, à la première question… Ah bah oui, je suis désolé. Je ne pourrai aller plus loin : c’est tout ce que je peux voir en gratuit sur le site de Valeurs. Car je ne l’achèterai pas, je suis un consomm’acteur d’écolo : je ne donne pas mes sous à ceux qui en font mauvais usage. Donc je n’en saurai pas plus, j’aurai une vision biaisée de cette interview et n’en tirerai que de la moquerie et du fiel. Tout comme tous les écologistes qui n’achèteront pas Valeurs. De même que chaque personne raisonnable et modérée, républicaine et respectueuse, depuis des électeurs MODEM engagés auprès d’Anticor, jusqu’au plus libertaire des gauchots rouge vif communard : non, non, non, pas un rond pour cette publication qui ne m’aime pas.

Alors, mon Jean-Vincent… A qui voulais-tu parler ?

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