L’homophobie du quotidien

Avertissement : des faits et des propos tenus dans cette article peuvent choquer… par leur banalité. Évidences vécues quotidiennement par beaucoup, il semble qu’elles ne le soient pas par celles et ceux qui les provoquent.

Le rapport de SOS-Homophobie sur l’état de la haine contre les LGBT+ est paru, et, une fois de plus, il est accablant : ainsi, les actes LGBTphobes ont augmenté de près de 5% en 2017 et, constat encore plus alarmant, les agressions physiques ont, elles, explosé avec une hausse de 15%.

Ce rapport est vendu 10€ sur le site de SOS-Homophobie, l’acheter c’est les aider. Il peut être également téléchargé gratuitement en format PDF.

Mais les agressions physiques ne sont que la partie immergée de l’iceberg qui nous coule chaque jour. Nous le savons, les taux de suicides chez les jeunes LGBT sont supérieurs aux restes de cette population. Et toutes ces personnes seront regrettées, elles qui ont souffert, dont chaque parent, chaque ami-e porte en son cœur le mal qu’induit le suicide, qui se résume par des phrases du type « qu’est-ce que je n’ai pas fait », « si j’avais été là, il n’aurait pas fait cela », etc. Le suicide est un drame pour celles et ceux qui restent, qui pensent devoir porter le poids d’une responsabilité, qui n’est finalement que l’addition de paramètres anodins, de petits tracas journaliers, finalement d’une somme de harcèlements.

Le poids de la famille, le choc du tissu amical

Les LGBT, comme les femmes, comme les non-blancos, les handicapés, enfin toute minorité pas si minoritaire mais surtout moquée, doivent continuellement supporter des blagounettes, des petites-vannes-allez-c’est-pas-grave-je-plaisante-hein, des minuscules réflexions, des stéréotypes, des gouttes d’eau. Mais les récipients parfois débordent.

Quand une mère geint sur son pauvre état de non-grand-mère, quand un lourdingue demande qui c’est qui fait la femme, quand la blague de la différence entre le gay et la fourchette est une rediff qui dépasse celle de la petite Maison dans la Prairie, l’accumulation devient insupportable.

On peut rire de tout, mais à l’écoute de son public, savoir à qui on s’adresse, ce n’est pas « avec n’importe qui », c’est « pas n’importe comment ».

Les LGBT : ces homophobes qui s’ignorent

Il est un baromètre à harcèlement assez intéressant : ce sont les applis de rencontres type Grindr, Hornet and co *. La bio des candidat-es au plan cul (ou au pas-de-plan-je-cherche-l’amour surtout en sortie de boite vers 4h du mat’…) est parfois d’une agressivité qui vaut tous les discours de la Manif pour Tous leur gueule : pas de folle, les darons et vieux vicieux dégagez, pas de gros, kiff que blacks et rebeus, etc. La dernière expression de « kiff » aurait pu sembler positive si elle ne cantonnait pas le black ou le rebeu à sa teub (zigounette pour les plus âgé-es, verge pour les plus branché sciences-nat’) : la personne est niée derrière l’objet-sextoy qu’elle semble être.

Certes, il n’est pas obligé de coucher avec un monsieur qui a deux fois son âge si on n’est pas branché daddy (les MILF au masculin), mais dites-le poliment et sans jugement de valeur (ex. : Sorry, pas attiré par la différence d’âge). L’embonpoint vous rebute ? Bah ne le dites pas, éconduisez gentiment la personne qui ne vous attire pas (ex. : ah, excuse-moi, tu n’es pas mon type). Et surtout répondez : le silence et le blocage systématique sont des violences.

J’vais pas à la gaypride : trop de folles à plumes

La saison des Marches des fiertés arrive et le discours du p’tit payday qui n’ira pas à ces défilés remplis de vieux poilus, de mecs en cuir qui nous font passer pour ch’ai po quoi et de folles emplumées sera l’éternel marronnier de l’ignorance LGBT.

Lorsque tu rejettes tes semblables sur un point mis en exergue par ceux qui te détestent (trop ci, pas assez ça), rends-toi compte que tu véhicules des idées qui vont te détruire : le pédé doit être viril (bah va faire un tour dans les backrooms du Marais, tu vas kiffer la virilité, tu vas voir), la goudou doit être féminine (bah y’en a ducon), va bien falloir que le bi choisisse (la sexualité n’est pas une fringue ou une coupe de cheveux), le-la trans ? Le ou la ? Putain on sait pas avec ceux-là. Bah si tu sais pas, tu te renseignes, et en attendant, tais-toi s’il te plait.

Vouloir normaliser les LGBT selon des critères, c’est vouloir gommer la biodiversité du monde : demande-t-on aux hétéros d’être tou-tes les mêmes ? Quoique… Mais c’est un autre débat.

Vouloir cacher cette homosexualité qu’on ne saurait voir, c’est la renvoyer au placard, c’est nier les millions de morts du Sida, oublier les condamnations à mort dans des pays trop religieux, c’est insulter celles et ceux qu’on met en prison, qu’on roue de coup, qu’on envoie au suicide. C’est cracher à la gueule du cadavre de ce gamin qui s’est suicidé la semaine dernière parce qu’en milieu rural, il n’y a pas l’information, parce que la désespérance est insupportable, parce qu’on ne comprend pas pourquoi ce monde est si lourd à porter, même si on a une maman géniale qui a essayé d’assurer mais qui va porter le poids de la culpabilité dont chacun-e de nous, nous nous déchargeons chaque jour.

Surveillons-nous nous même pour se connaitre soi-même

Enfin, on ne répond surtout pas à la haine par la haine, car on ne résout rien ainsi. Un rebeu qui insulte un pédé est un con ignorant, qui plus est, obscurantiste si c’est sur des valeurs d’un livre qu’il n’a pas lu. Ce même pédé qui se réfugiera dans le vote FN ne résoudra rien, augmentera le schisme sociétal et donnera des voix à des personnes qui abritent en leur sein des membres de la Manif pour Tous, des casseurs de pédés, des manifestants contre-Pride de Tours, des gens qui ne te veulent pas que du bien, la mère Maréchal-Le Pen ne t’aime pas. Sexisme, xénophobie, LGBTphobie : toutes ces plaies opèrent sur de mêmes bases, de la même façon pour le même but : ne pas te comprendre, t’insulter, te rejeter, te violer, te tuer.

C’est l’éducation, la connaissance de l’autre, la seule arme pour combattre ces fléaux : il va être temps qu’un Gouvernement considère que le rejet des autres abîme plus le tissu du collectif que le statut des cheminots ou le code du travail. Politiques, réveillez-vous.

Pour avancer sur ces sujets :

Le rapport 2018 de SOS-Homophobie,

Un livre qui te montre que la nature n’est pas contre toi, puisque tu n’es pas contre-nature,

Le communiqué d’Europe Ecologie – Les Verts.

* et si les appli s'engageaient à ce que leurs modérateurs-trices aient des mots apaisants et éducatifs vers les profils aux bio agressives ? Qu'en pensez-vous ?

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