Le malaise d’une grâce

section-10aAvant que François Hollande n’accorde sa grâce, même limitée, puisqu’il s’agit d’une « remise gracieuse de sa peine d’emprisonnement », j’ai, comme tout-e citoyen-ne pu suivre les conséquences du jugement de Mme Jacqueline Sauvage, sa médiatisation, la fameuse pétition, les soutiens plus respectables les uns que les autres. Evidemment, en amont, sur ma région, nous étions déjà informés puisque l’affaire s’est déroulée dans le Montargois, jugée dans le Loiret puis en appel dans le Loir-Et-Cher.

Diverses pétitions ont été lancées, la plus connue étant celle de la demande en grâce adressée au Président de la République, mais déjà en 2014, après le jugement du tribunal d’Orléans, une première avait été lancée. Certes, ce jugement interpelle qu’il soit sur la condition d’une femme, comme de celles de toutes les femmes battues, des abus sexuels conjugaux, familiaux. Il joue de notre émotion, nous force à réfléchir.

Devais-je signer ces pétitions ? Là, a été ma question pendant des semaines. Et je n’ai finalement rien signé.

Bien sûr, par les interpellations sur les violences, la possibilité d’une injustice m’y poussaient fortement. Mais je me l’avouais à chaque fois : je ne connaissais rien de cette affaire, rien de ce dossier, et un doute m’envahissait, si à deux reprises, la justice, par la voix de jurys citoyens, condamnait Mme Sauvage, c’est que je me devais d’être prudent suite à mon ignorance.

Un autre point me gênait, le principe de la grâce.

Héritage d’un temps monarchique que notre République ne sait oublier, je ne crois pas à l’infaillibilité de l’humain, donc pas à celle d’un seul homme : le Président de la République (comme j’aimerais genrer ce mandat, un jour). Il s’agit là d’une insulte au principe premier de la démocratie moderne : la séparation des pouvoirs. Déjà que le Président gouverne sous notre Vème République, en présidant un conseil des ministres qui propose des lois à une chambre réglée comme du papier à musique sur le rythme présidentiel, cette possibilité de grâce lui donne droit de justice. Ainsi, le “garant de nos institutions” a-t-il entre ces mains, la loi, la construction et l’application de celle-ci. Un monarque, il n’y a pas d’autre mot possible. Voilà qui n’est pas très sain pour une nation pétrie de démocratie.

Je ne veux pas juger par moi-même, je ne peux pas céder à l’émotion, ce n’est pas ainsi qu’on construit une réflexion politique : j’ai toujours souri, ou été agacé, par ces politiques qui orientent leurs décisions sur la foi d’une personne rencontrée sur un marché. Il faut vérifier, il faut être sûr, et là je ne le suis pas. J’ai voulu vérifier, j’ai lu : des médias en lesquels j’ai confiance, mais qui partaient du postulat de l’émotion, inhabituel de leur part, des médias moins appréciés, mais sur le coup mieux étayés. J’ai pu y lire les dérives de l’émotion comme cette députée Républicaine, Mme Valérie Boyer, se croyant peut-être texane, évoquant la « légitime défense différée », superbe concept de justice type far-west plutôt éloignée de nos principes fondateurs.

Je ne saluerai pas cette grâce présidentielle pour ce qu’elle vaut, et j’ai peur qu’elle ne tue le débat et les volontés pour améliorer le droit des femmes, comme cette digne déclaration de l’association ECVF – Elu.e.s Contre les Violences faites aux Femmes, qu’une fois l’émotion populaire passée, il soit une fois de plus difficile pour les personnes engagées sur ce sujet de faire avancer les lois, celles qui sont appliquées dans nos tribunaux.

Pendant ce temps là, comme le titre Mediapart, les femmes, migrantes, font massivement face aux violences sexuelles sur le chemin de l’exil.

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