Le FN : le nouveau parti de l’étranger

Après les révélations de Mediapart sur un prêt de 9 millions d’euros auprès de la First Czech Russian Bank (FCRB), une banque fondée en République tchèque aujourd’hui basée à Moscou, le doute est plus que présent sur les amitiés russes, proche de Poutine, du Front National, surtout lorsqu’on apprend que l’intermédiaire russe pour ce prêt et celui représentant le FN sont d’une probité plutôt contestable.

Petit à petit, d’autres révélations se font : Le Pen père reçoit à son tour des financements russes d’un montant de 2 millions d’Euros, un haut responsable du FN révèle que les 9 millions de prêts au FN ne sont qu’un début de 40 millions, toujours Le Pen Père annonce sa volonté de rencontrer le nouveau « petit père des peuples ».

Les explications de Marine Le Pen sur ce prêt plutôt douteuses

Afin de se dédouaner de la suspicion d’entente idéologique, Marine Le Pen a expliqué ce prêt en deux parties : la première qu’il s’agit là d’un financement pour les échéances électorales à venir, la seconde est que les banques françaises ne prêtent pas.

Il est tout à fait normal qu’un parti prévoie les dépenses, pour certaines obligées comme le R39 (bulletins de vote, professions de foi, affiches officielles), mais les deux prochaines échéances sont locales et non nationales : les départementales, puis les régionales. Nous avons donc là soit un problème de centralisme dur à la soviétique, soit une méconnaissance totale de la meilleure manière de trouver des financements. Dans les deux cas, c’est plutôt inquiétant pour un parti qui désire être aux affaires publiques d’un pays décentralisé.

Des financements pour des élections locales peuvent être négociés point par point, canton par canton, région par région, ce qui évite d’avoir une somme astronomique demandée. Si la somme est moindre, supportée par diverses banques en divers points géographiques, pour un parti que les sondages donnent gagnant, les banques, garanties par le remboursement des frais de campagne pour un résultat dépassant les 5%, savent qu’elles ne prennent qu’un risque mesuré, rationnel et à très court terme. Les banques ne font pas dans l’idéologique, mais dans le commerce d’argent, certaines financent des entreprises à l’éthique nulle, et elles ne sont pas regardantes. L’explication de Madame Le Pen est une façon de noyer le poisson en essayant de se faire passer pour une victime du grand capital, ce même grand capital où elle est moins regardante quand il s’agit d’argent russe.

Poutine est loin d’être un démocrate

Beaucoup le savent, mais, a priori, il est une fois de plus nécessaire de rappeler que Vladimir Poutine n’est pas un démocrate.

Depuis son arrivée dans les hautes sphères du pouvoir en 1999, Poutine a mis en place un réel système pensé sur la longueur avec un but, un seul : lui-même. Prise de force de Loukos en emprisonnant son PDG, lui même pas très net, mystérieux assassinats ou disparitions d’opposants, empoisonnements au polonium, mise à l’écart de Medvedev (vous vous rappelez de Medvedev ?), agression de l’Ukraine, soutien à la Syrie, les exemples sont trop nombreux pour ne pas y voir sa dureté, voire sa cruauté, dans un seul but : un pouvoir centralisé en ses propres mains, et une forte volonté d’expansion.

L’amitié Le Pen-Poutine : inscrite dans une idée de fragiliser la France

Marine Le Pen aura beau dire, le rapprochement avec la Russie de Poutine n’est pas une légende. Ainsi au congrès du FN qui s’est déroulé le week-end des 29 et 30 novembre 2014, l’invité d’honneur fut Andreï Issaïev, vice-président de la Douma russe (Chambre des députés), membre de Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine. Cette invitation provoqua la grande joie des militants FN, et même la grande rigolade, lorsqu’il commença son discours par un « Chers camarades ! ». Il était également accompagné du sénateur Andreï Klimov pour représenter la chambre haute du Parlement russe. Mediapart, malgré l’interdiction qui leur avait été faite de pouvoir faire leur métier de journaliste en leur interdisant l’entrée, a pu interroger le représentant de Poutine qui disait être venu « parce que nous voyons que le FN prend de plus en plus d’ampleur en France ».

D’autres représentants de la droite brune européenne étaient présents : le Néerlandais Geert Wilders, l’Italien Matteo Salvini de la Ligue du Nord ou encore le Bulgare Krassimir Karakatchanov, du mouvement national bulgare (VMRO). Une internationale brune, du moins déjà européenne, se dessine. Ce qui les rapproche, au delà de leurs xénophobies, de leurs diverses haines de tout ce qu’ils n’ont pas adoubé (la bonne race, la bonne sexualité, la bonne origine sociale), c’est un souverainisme digne des états pré-attentat de Sarajevo en 1914, une haine farouche de l’Europe. Ils se disent protecteurs de leurs nations, voulant rétablir des chimériques frontières imperméables.

Et pourtant, ils sont tous dans le giron du Président Poutine. Ce dirigeant qui considère l’Europe comme un obstacle à ses décisions. Ce dirigeant qui aurait les mains plus libres sans un voisin trop puissant. Des pays membres qui quitteraient l’Union européenne, l’affaibliraient, et par jeu de dominos, s’affaibliraient eux-mêmes : sur un plan économique, mais également sur le plan de la sécurité territoriale. Les divers patrons des partis d’extrême-droite en sont-ils conscients ? La réponse à cette question est tout aussi grave qu’elle soit un oui ou un non.

Une erreur politique du FN

En parallèle, il est un mini événement, lors du congrès du FN, qu’il faut noter. Même minimisé par les divers cadres du parti, la défaite de Florian Philippot face à Marion Maréchal-Le Pen est la défaite du jeu de la dédiabolisation. Ce parti se travestissait en parti social pour vampiriser des voix à gauche, ce qui fonctionnait, même si on arrivait facilement à montrer que l’interdiction de la cantine aux enfants de chômeurs dans une commune remportée par le FN n’avait rien de social. Mais dans un effet d’emballement, tel le mauvais joueur de poker, ils abattent leurs cartes un peu trop tôt. Pascal Perrineau, politologue, toujours dans Mediapart, le note : « c’est un pas de côté dans leur stratégie de respectabilisation. Je ne les ai jamais vus aussi engagés sur la Russie. On a l’impression d’un emballement. Et surtout, cela prouve qu’un lobby pro-russe est à la manœuvre. Ce qui n’est pas fait pour rassurer leurs potentiels partenaires. Cela manque de maturité politique. En politique, la confiance égare ».

Il est de coutume de dire à EELV qu’un congrès se gagne à gauche, il semblerait qu’au FN, un congrès se gagne à l’extrême-droite. Mais à l’instar d’EELV pour ses électeurs qui ne sont pas majoritairement à la gauche de la gauche, ceux du FN ne sont pas obligatoirement à l’extrême-droite. Ce qui se gagne en congrès peut vous emmener vers un échec face à un jugement des citoyens. Et ce jeu de congrès a montré un pan que nous suspections déjà, mais que nous n’osions accepter dans un refus du délire complotiste : il y a un plan Poutine derrière cette extrême-droite européenne.

La dédiabolisation, hypocrisie complète, voulait montrer que le FN pense aux oubliés, aux personnes qui ont du mal à vivre, qu’il se modernisait en oubliant le racisme, l’homophobie ou encore ses vieux démons fascistes et, même, qu’il pensait à l’écologie mais d’une manière différente. Cette hypocrisie se voit dans la fréquentation d’un débat sur l’écologie. L’écologie, ils s’en foutent, ce n’est qu’une vitrine :

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Une vitrine qui a été assassinée, exécutée ce week-end de congrès, pour montrer enfin le vrai visage du FN : le nouveau parti de l’étranger, un parti emmené par une dirigeante confortée par un score à la soviétique, puisqu’elle a été confirmée avec 100% des voix.

 

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