Le FN et l’écologie, personne n’y croira

Le nouveau petit joujou de Marine Le Pen vient de sortir : c’est Noël avant l’heure, et il sera vert.

Ainsi, le FN invente ce qu’il a nommé « l’Ecologie patriote », un peu d’écologie, beaucoup de protectionnisme, une pincée de haines, d’approximations, le tout saupoudré de mauvaise foi. Mercredi 10 décembre 2014, à 15h, Paris : lancement du Collectif Nouvelle écologie patriote en présence de Marine Le Pen, rendez-vous est pris ! Et on argumente : face aux nouveaux enjeux environnementaux, la réponse réside dans une écologie patriote. Mais bien sûr…

Mais qu’est-ce que cette écologie sélective, réservée aux vrais patriotes, ceux qui pactisent avec Poutine ? Un constat a été fait : lors de la présidentielle de 2012, et malgré les défenses à l’époque des chantres de l’extrême-droite, le programme sur le plan écologique (en une seule page, la 14) était très (trop) court : on y retrouvait pèle-mêle  le développement des énergies vertes, « la protection animale » mais très orientée vers la stigmatisation des musulmans ou encore « l’indépendance effective de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments ». Il fallait donc pallier cette lacune en vue de 2017. Mais il n’est pas évident d’être à la fois écologiste et nationaliste protectionniste. Nous sommes là face à un jeu de dupe, il nous faut donc montrer l’incongruité de la démarche du FN mettant en évidence une volonté de greenwashing.

Une tradition de climato-scepticisme

En 2010, Jean-Marie Le Pen, lors du premier colloque organisé par son parti sur l’écologie, définissait l’ « écologisme » (sic) en ces termes : il s’agit d’une « nouvelle religion des populations urbaines aisées bobos gogos de l’Occident ».

Ce colloque, modestement titré « Réchauffement climatique, mythe ou réalité », fut un grand moment de négationnisme climatique. Ainsi, des scientifiques et des politiques se succédaient à la tribune pour dénoncer la « manipulation » du « prétendu réchauffement climatique », fondée sur des rapports scientifiques inexacts ou alarmistes, montrant une volonté « d’imposer un pouvoir mondial destructeur de nos libertés nationales ».

A l’heure de la Conférence environnementale à Lima (COP20) et où des études montrent que 2014 fut l’année la plus chaude depuis que les mesures de températures sont en vigueur en France (1900), nous pourrions sourire de ce soudain, et sûrement opportuniste, revirement de situation, si le sujet n’était si grave.

Les climato-sceptiques seront toujours nombreux au FN, mais à l’instar des crânes rasés, il y a fort à parier qu’ils seront cachés.

La pollution ne connait pas de frontière

Lors de son débat face à Emmanuelle Cosse sur BFM TV dimanche 7 décembre, Marine Le Pen a affirmé : « à sujet mondial, solution nationale ! », désirant par là même justifier de l’aspect patriotique de son concept échevelé.

Il est un souci que Mme Le Pen semble vouloir nier, c’est que les frontières sont un concept humain et que la planète n’en a que faire. Les pluies acides, les marées noires, les nuages de contaminations nucléaires, les pollutions de cours d’eau allant se déverser dans les océans n’auront pas la politesse de demander à la police de Mme Le Pen si ils sont désirés sur le territoire français.

Bien au contraire, c’est par des accords internationaux avec les volontés des plus gros pollueurs, ou en influant sur ces volontés, qu’une politique efficace contre le dérèglement climatique pourra être réussie. Des solutions locales, sans réflexion globale, ne protégeront en rien des maladies, des migrations climatiques, des agricultures menacées et tout autre conséquence à venir.

Pour soigner l’écologie, aimons le nucléaire

L’écologie nationaliste passera par le nucléaire, même si il faudra en améliorer sa sécurité.

Par ce dernier point, le FN reconnait donc le besoin de sécurité, donc de risque, donc de danger. Nous avons au moins un point à ne pas discuter. Pour cette écologie de pacotille, le nucléaire n’émet pas de CO2, donc n’influe pas sur le dérèglement climatique et est une filière d’excellence industrielle française.

L’erreur est classique sur l’émission de CO2 : il suffit d’oublier la nécessité de transport du combustible arrivant de lointaines contrées et surtout le retraitement et le stockage des déchets nucléaires. Il est terrible qu’en 2014, on soit encore obligé d’expliquer cela.

Pour ce qui est de l’indépendance énergétique française, il suffit de se remémorer que les fournisseurs de cette énergie fossile, car c’est de cela qu’il s’agit, sont des pays étrangers, souvent à l’instabilité politique prononcée. A moins que le programme du FN ne relance une politique de colonisation vis-à-vis de certains pays africains producteurs de ces combustibles, il n’y a rien de moins sûr que cette fameuse « indépendance énergétique » française.

La condition animale, oui d’accord mais bon

Là, le FN a trouvé un terrain plutôt confortable : dénoncer l’abattage rituel permettant de fournir une viande halal. Il n’aura échappé à personne que nous sommes face à une stigmatisation habituelle chez eux des musulmans.

La cruauté face aux animaux a bien d’autres sujets à combattre à égale valeur : le gavage des oies et des canards pour le foie gras, la corrida, les élevages intensifs, l’abandon d’animaux domestiques, le trafic d’espèces protégées, les exemples seraient encore nombreux, mais sont surtout absents de la vision écologique du FN.

Alors si nous parlons de protection d’espèces protégées menacées par des chasseurs (oups un électorat !), de sauvegarde de biodiversité mise en danger par un projet d’aéroport, il est évident que nous allons perdre définitivement les derniers cerveaux qui pensent l’écologie au Front national.

Le FN soutient ceux qui polluent

Lors de la mise en place des portiques pour la taxe pollueur dite « écotaxe », les fameux Bonnets rouges ont reçu le soutien du parti nationaliste. Lorsque Paris envisage de limiter la pollution par une réduction ou une suppression du diesel en ses murs, le Front national crie une fois de plus à la protection de la liberté individuelle de rouler en diesel. Enfin, en décembre 2013, les trois eurodéputés FN avaient voté contre l’interdiction du chalutage en haute mer, cette méthode de pêche industrielle qui décime les fonds marins et menace donc l’équilibre mondial de la biodiversité. Une action locale menace le global, mais il ne faut surtout pas le faire remarquer sous peine d’entailler l’idée du protectionnisme qu’ils mettent comme principe premier à toutes leurs théories dogmatiques.

Posture, posture, encore posture, rien que posture

Après la création d ‘ »Audace » pour les jeunes actifs, « Racine » pour les enseignants et « Marianne » pour les étudiants, nous avons donc là un nouveau machin qui n’a uniquement pour but que de mettre de la sauce FN là où ils sont absents.

La méthode est simple : on doit faire quelque chose, mais sans trahir les idées protectionnistes et xénophobes. Et tant pis, comme nous l’avons vu pour le climato-scepticisme, si le parti de maintenant contredit le parti d’autrefois, il suffira de noyer le poisson, technique habituelle d’argumentation frontiste.

Cette « écologie patriote » est donc bien une vaste imposture, même si elle a le mérite d’enfin reconnaître que ce sont bien les écologistes qui ont raison. Mais comme dirait n’importe quel militant du FN : « préférez l’original à l’imitation », et bien soit, pour plus d’écologie, il suffit d’avoir plus d’écologistes… Et des écologistes sincères.

D’ailleurs, l’écologie n’est pas un centre d’intérêt important du militant nationaliste, comme l’a montré cette photo d’un colloque sur le sujet à Lyon lors du dernier congrès du parti. Il va falloir en trouver des arguments pour justifier cette artificialisation des idées.

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