L’art du remplissage pendant la trêve des confiseurs par Europe 1

Bon coco, pour ta chronique de ce matin, tu nous ponds quelque chose de gratiné.  – Mais c’est la trêve des confiseurs ! – Tu te débrouilles, coco.

Oh mon Dieu ! Les écologistes sont morts ! Il l’a dit, le journaliste, il est dans la confidence des cerveaux du microcosme parisien, c’est obligé, sa chronique s’appelle « les secrets politiques ».

Cette chronique doit être écoutée en plusieurs fois, deux suffiront, on n’est pas non plus devant un prix Pulitzer. La première sera pour s’imprégner de l’ambiance de l’enterrement d’EELV, la deuxième sera pour relever les incohérences, les sources de type « politique au coin du comptoir », les chiffres erronés.

Les cantonales sont en mars, les écolos ne s’y attellent pas

EELV est un parti fédéraliste respectant la subsidiarité, ce qui veut dire qu’à élection locale, nous avons une organisation locale. Pour le savoir, il suffit de se référer aux statuts du parti, en accès libre, mais cela demande un travail journalistique de recherche, de lecture, de documentation, peu en vogue chez l’éditorialiste parisien qui préférera racler les fonds de couloirs, pour produire une chronique jetable, oubliée le lendemain, mais qui participera de l’ambiance générale.

Dans chaque région, sous la responsabilité de chaque Conseil Politique Régional (CPR, cherchez dans les statuts, chers journalistes), se sont organisées des assemblées générales d’où ont été issues les stratégies par département (autonomie, alliance, avec qui ?) et les candidatures par canton. Il s’est donc passé des choses. Pour le Loiret, le département où j’habite et milite, France Bleu Orléans a dépêché un journaliste qui a su retranscrire l’ambiance des débats et donner les résultats, pour d’autres départements, la presse quotidienne régionale a su faire son travail et de nombreux articles sont parus dans toute la France. Alors certes, nous n’aurons pas une ligne stricte nationale : on fait ci, on fait ça. Alors évidemment, on retrouvera ce qu’a dit Emmanuelle Cosse : une règle de trois tiers, autonomies, alliances avec le PS, alliances sous d’autres formes. Cela chagrine les parisiens ? Cela émeut les jacobins ? Mais nous n’en avons que faire : nous ne sommes pas centralistes, nous sommes fédéralistes, les dossiers de Guéret ne se travaillent pas à Paris, mais à Guéret. L’histoire d’un territoire, c’est sur ce territoire qu’elle se construit, au plus près des citoyen-nes.

Un parlementaire vert a dit…

Y’a quelqu’un qui m’a dit. C’est exactement la méthode. Cette méthode est bien connue en ma bonne ville d’Orléans, Edgar Morin l’a étudiée, théorisée

Grand bien soit fait à la protection des sources journalistiques, mais lorsqu’on imagine le parlementaire sortir sa petite pique, le journaliste demander s’il peut citer sa source et l’autre de répondre « oh non, c’est du off », ne soyons pas dupes. Il y a accord tacite entre le fournisseur de petites phrases et son client, chacun est utile à l’autre et on arrangera le papier pour que la citation passe vite, sous couvert de la protection des sources. Mais nous ne sommes pas dans une affaire d’état, n’est pas Mediapart qui veut, mais sur un sujet d’impression, de billet d’humeur, nous nous approchons plus de la politique de comptoir, même si le choix du vin par le parlementaire eut pu être excellent, je lui fais confiance.

A moins qu’il n’y ait pas eu entrevue entre « un parlementaire vert » et le journaliste, après tout, vu la solidité des sources, on est en droit d’en douter.

Côté militants, c’est l’hémorragie

9000 cartes officiellement, à peine 5000 en réalité. On pourrait savoir d’où sont extraits ces chiffres ? Ah non, on ne peut pas, nous respectons la protection des sources, et nous devons nous y tenir.

Nous avons là un raisonnement raide qui serait assez amusant s’il ne devenait pas vulgaire puisqu’il engage la réputation d’un parti, donc de personnes. Puisque l’UMP et le PS, et bien d’autres, rassurez-vous, donnent des chiffres pipés d’adhérents, c’est obligé, les écolos font de même. Le PS a dit 150 000 adhérents, dont 70 000 à jour selon Cambadélis. Et bien non, je suis désolé, il n’y a pas 150 000 adhérents, il y en a 70 000 puisque ce sont ceux-là qui sont à jour.

Chez EELV, nous comptons les adhésions en année civile, du 1er janvier au 31 décembre de l’année. C’est plus simple. Et nous avons des règles : tu adhères, tu attends 3 mois pour prendre part aux scrutins internes dans toutes les strates du parti. Tu ré-adhères, aucun souci, tu n’as pas ces 3 mois. Mais tu laisses un an de carence entre deux adhésions, et bim tu perds ton ancienneté, tu te reprends les 3 mois. On a donc de jolis tableaux où on connait nos adhérent-es de l’année en cours et ceux de l’année passée susceptibles de ré-adhérer, le tout régi dans le plus strict respect des règles de la CNIL. En tant que Secrétaire régional, j’ai accès à ce tableau pour ma région, je participe même à son élaboration. Je ne donnerai pas les noms et coordonnées de chaque adhérent-e (respect de la CNIL, on a dit !), mais je peux en donner le chiffre pour la région dont je m’occupe avec ma co-secrétaire régionale : 329 en date du 26 novembre 2014. Un nouveau bilan pourra être fait au 31 décembre 2014, il sera intéressant, puisqu’entre temps il y a eu les AG pour les départementales et que pour voter, il fallait ré-adhérer (on en parlait un peu plus haut, rappelez-vous).

Je ne donnerai pas les chiffres par région, par respect pour mes collègues Secrétaires régionaux, mais je peux donner le chiffre national : 8892 en date du 26 novembre 2014 (d’où les 9000 du journaliste). Je ne vous refais pas le « un nouveau bilan… 31 décembre… AG… tout ça… ».

Dont 5000 en réalité, disait-il ? Non, non, dont 8892 en réalité, sans arrondi, à jour de cotisation, en date du 26 novembre 2014.

Je suis une source fiable, je suis Secrétaire régional et j’approuve ce message. Je peux montrer (montrer pas donner) partiellement (respect de la CNIL qu’on vous dit !) ce tableau à tout journaliste susceptible de faire un papier sérieux sur ce sujet, s’il ou elle le désire. Ce tableau est celui qui permet de faire la répartition du financement public : il y a le financement de chaque région à la clé, c’est sérieux, ça se travaille.

Cécile Duflot aux abonnés absents

Selon plusieurs parlementaires, Cécile Duflot, elle est nulle part ! Bien. Donc nous avons là une information assez intéressante : ils étaient aux moins deux parlementaires devant cette bonne bouteille de Bordeaux. Mais nous n’avons toujours pas les noms. Comme si on était dans la méthode « on va dire une saloperie, mais chut, ne dites pas que c’est nous », rions un peu. Ça va, les gars, on vous a reconnu et sachant que la petite idée de « c’est la trêve, profitons en » est assez simple à élaborer, connaissant les divisions internes au parti sur la façon de se comporter face à un PS en santé plus que relative, surtout à l’égard de partenaires plutôt malmenés après Sivens ou diverses déclarations sur Notre Dame des Landes, on commence à cerner les émetteurs de l’info… Et vous noterez que je suis gentil, je pars du principe que le journaliste n’est pas un menteur, malgré l’hypothèse de la méfiance sur les sources édictée plus haut.

Il est vrai qu’en ce moment, on entend pas trop Cécile Duflot. D’ailleurs, on n’entend pas trop Jean-Luc Mélenchon, Jean-Christophe Cambadélis ou encore Nicolas Sarkozy (ou Nadine Morano, mais ça on ne s’en plaint pas). Et oui, c’est la période : ce sont les fêtes de fin d’année, la fameuse « trêve des confiseurs ». Ils et elles sont en famille, ça bouffe, ça s’offre des cadeaux, ça voit la famille, pour certaines recomposées, ça vit, ça se repose, ce sont des gens aussi.

Oui mais avant ? Avant la trêve ? Hein, hein ? Et bien avant, il suffisait de lire la presse, de faire une recherche actualité sur Internet. Après la parution de son livre à la rentrée, Cécile Duflot a fait quelques télés (Ruquier, matinales, Des Paroles et Des Actes, etc.) et a même donné un long entretien au journal Charles qui depuis a fait couler beaucoup d’encre sur une histoire d’épaules.

Cécile Duflot est également allée en province. De nombreux déplacements, des rencontres avec des militant-es (et pas uniquement d’EELV), elle a participé à des débats comme à celui qui s’est tenu à Orléans fin novembre, relaté par Le Monde qui a envoyé un journaliste… en province !

Voilà où est Cécile Duflot, ce n’était pas difficile à trouver, elle a une actualité, mais une actualité qui est couverte par la PQR, pas uniquement par les salons parisiens.

Scission

Pas de stratégie, chacun dans son village gaulois, scission !

Village gaulois, amour d’Astérix, parlementaire… Ah ah ah ! Je t’ai reconnu !

Le plus intéressant sera d’être au prochain Conseil fédéral d’EELV en janvier, débrouillez-vous pour la date, je fais là un geste pédagogique : aidons le journaliste à retrouver ses réflexes de recherches appris à l’école.

Des textes importants vont y être présentés : comment se positionner dans la nébuleuse atomisée de la gauche française, comment agir et réagir face au FN, et bien d’autres textes importants, entraînant des positionnements politiques non moins importants. C’est peut être là que se passera cette scission prophétisée par des Cassandre sensationnalistes. Ou pas. Car pour qu’il y ait une scission; il faut deux groupes importants qui se séparent. Et lorsqu’on menace de partir avec une bien maigre armée, je n’appelle plus cela une scission, mais une démission. Et pour aller où ? Chez Benhamias ? Le pauvre, il va se faire piquer son parti à peine créé. On a alors beau jeu de croire que le sot scissionne sec. Et je ne veux jamais sous-estimer l’amoureux d’Astérix, il n’est pas sot.

Rendez-vous est donc donné aux journalistes à ce Conseil fédéral, aux chroniqueurs aussi, puisqu’ils ont une carte de presse, afin d’avoir des papiers mieux documentés, moins douteux.

 

Une réflexion sur “ L’art du remplissage pendant la trêve des confiseurs par Europe 1 ”

  • janvier 23, 2015 à 9:52
    Permalink

    Article sensé, démocrate, bien écrit et avec humour. Merci pour cette mise au point faite sur la « Liberté de la Presse » qui comporte la responsabilité de ne pas colporter des rumeurs et de ne pas dire ou écrire sans vérification auprès des sources sérieuses et fondées,

    Réponse

Laisser un commentaire