Khmer, Taliban, Ayatollah… mais de préférence vert

Dans un brûlot contre le parti vert français, en 2011, « A bas le parti Vert ! Vive l’écologie ! », Gaby Cohn-Bendit, frère-de, s’amusait du surnom qu’il avait donné aux militants proches d’Antoine Waechter : les khmers verts. Mais il faut se méfier des surnoms « rigolos » qu’on lâche un jour, parfois il y a un retour de bâton.

Ainsi, toujours en 2011, Gérard Collomb, maire socialiste de Lyon, à propos de l’accord pour les législatives entre son parti, dont il est peu solidaire, et EELV, s’exprimait en ces termes dans les colonnes du Parisien : « Je me suis toujours battu contre les Khmers rouges, je ne plierai pas aujourd’hui devant les Khmers verts ! ». Le sous-entendu violent est lâché, devant les exactions des Khmers en leur temps, on ne peut qu’imaginer des écologistes assoiffés de dictature sanguinolente, de tortures et de crimes tous plus cruels les uns que les autres. Et même pour un lycéen peu féru d’histoire contemporaine, ne connaissant ni l’existence, ni le mot, l’association de la couleur et du substantif dans une phrase éructée sous la colère montre bien que ces gens « y doivent pas être trop cool, même si je pige pas bien de quoi que ça veut dire tout ça »

L’idée, bien pratique, fait son chemin. Ainsi, le terme devient plus moderne, permettant une plus grande compréhension (même dans la méchanceté, on a le droit d’être précis), et c’est ainsi qu’apparaît le terme « taliban vert », préféré à « ayatollah vert », la révolution iranienne commençant à dater. Des politiques divers, des « on ose pas dire » penseurs (Zemmour, Allègre), des responsables syndicaux, beaucoup ont goûté au jeu du petit nom qui laisse transpirer une violence inégalée. La palme d’or devra, évidemment, être accordée à Xavier Beulin, industriel producteur de gras greenwashé habilement maquillé en agriculteur, président indéboulonnable de la FNSEA.

A propos du barrage du Sivens, il qualifiait l’écologiste de tout poil de « Djihadiste vert ». Sincèrement, Monsieur Beulin, en terme de terrorisme, d’exactions, face aux saccages de bureaux ministériels, de préfectures, devant la cruauté en meute sur animal vivant, des ragondins, à écouter les insultes, les dégradations du local des écologistes à Toulouse, et, j’irai même plus loin, considérant l’état de nos nappes phréatiques, la prolifération des algues vertes, ou la diminution de l’emploi dans le secteur agricole pour extirper toujours plus et de moins bonne qualité de nos sols, je n’arrive plus à savoir qui de vous ou nous sont les plus violents. Lors de leurs tragiques décès, Vital Michalon et Rémi Fraisse n’étaient pas en train de poser une bombe, de détruire, ils étaient pacifistes, n’avaient pas une idée de kamikaze et la décence vis à vis de leurs proches et leurs familles seraient d’observer une certaine pudeur sans instrumentaliser politiquement leurs disparitions que beaucoup pleurent encore.

N’en jetez plus, on ne sait pas comment on peut faire pire, on aurait pu penser à « Luka Magnotta vert » mais malheureusement ce monsieur n’était pas végétarien… On évitera le « Nazi vert » ou encore « Hitler Vert », là cela devient trop évident : on atteint le point Godwin, ce moment où dans un débat, à court d’argument, on sort la ratiocination qu’on pense ultime alors que l’on ne fait que sombrer dans le ridicule en avouant la légèreté de la teneur de sa démarche idéologique.

On pourra d’ailleurs dater les personnes à leur référence (khmer, ayatollah, fasciste, taliban) et se questionner sur leur dose de modernité face aux problèmes rencontrés par les citoyen-nes dont ils ont la responsabilité. D’ailleurs, Gabriel Cohn-Bendit le note lui même : «les jeunes gens d’aujourd’hui ne savent plus ce qu’étaient les Khmers rouges, d’où l’usage d’un sobriquet réactualisé: les talibans verts. “Taliverts” pour les intimes».

Il faut se méfier des slogans, des phrases toutes faites. « Heureusement, il y a Findus », oui d’accord, mais heureusement quoi, c’était grave la vie avant l’apparition de Findus ? « Quand c’est trop, c’est Tropico », euh oui bien sûr, mais c’est trop quoi ? « Tel est pris qui croyait prendre », ah si… Là ça marche, parce que l’auteur nous a expliqué avant le processus intellectuel qui l’a amené à cette phrase.

Méfiez-vous donc des personnes qui vous assènent des slogans : ils essayent ainsi de masquer une idée courte, empreinte de haine, mais pas de construction idéologique raisonnable.

D’ailleurs, pour reprendre l’image de l’arroseur arrosé, ce petit jeu peut vous revenir dessus comme un boomerang. Ainsi, en avril 2014, dans les pages de Marianne, Perico Legas qualifiait Xavier Beulin de Crésus du terroir caisse. Mais à l’instar de La Fontaine cité ci-dessus, notre critique gastronomique, au palais aussi agile que sa cervelle, étayait son superbe jeu de mot par une explication construite et réfléchie.

Effectivement, tel est pris qui croyait prendre…

Pour en savoir plus, sur cet ecolo-bashing :

 

Une réflexion sur “ Khmer, Taliban, Ayatollah… mais de préférence vert ”

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