Je vais parler d’un mot : la responsabilité…

C’est par cette phrase que commence un entretien avec Bastien François, directeur du département de Sciences politiques de la Sorbonne et Conseiller régional Écologiste d’Île de France. Il poursuit en montrant qu’en politique « la responsabilité est une relation de confiance entre les gouvernants et les gouvernés ».

Au delà du diagnostic que fait Bastien François sur la Vème République et le besoin de se diriger vers un système politique majoritairement en place en Europe, que nous appelons la VIème République, mais qui n’est pas si exotique que cela, on peut relever que les mots « confiance » et « responsabilité » prennent une consonance particulière en cette rentrée politique.

Comme beaucoup le savent, le 16 septembre prochain, le premier Ministre va engager la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale, cela s’appelle un vote de confiance. Et oui, nous retrouvons nos deux mots clés.

A l’heure de la défiance de la part de la population d’un Gouvernement qui ne tient pas les promesses sur lesquelles il a pu obtenir une majorité par les scrutins de 2012, une défiance visible, évidente, que ce soit par les sondages d’opinion, comme par les sorties des urnes des municipales, puis des européennes, Manuel Valls reste campé dans ses bottes, durcissant le ton, revenant sur les rares avancées sociales du gouvernement Ayrault (le « détricotage » de la loi Duflot sur le logement) et instillant de ci de là des messages difficilement recevables par les humanistes comme la remise en question des 35h, une augmentation de la TVA, dans un esprit de politique austéritaire dont l’échec est évident jour après jour.

Ce manque de vision, cet entêtement, et, surtout, cet autoritarisme, le signe des personnes qui n’arrivent pas à avoir d’autorité, montrent un manque évident de réelle responsabilité, et entraîne donc, dans son propre camp et auprès de ses partenaires, la perte totale de confiance.

A l’instar de nombreux écologistes pragmatiques, réalistes et porteurs d’un projet d’avenir différent, tout comme beaucoup de socialistes eux-mêmes, je pense ici particulièrement à Marie-Noëlle Lieneman qui prône un retour aux engagements de gauche de 2012, ce n’est pas la dissolution dont le pays à besoin, mais d’un réel changement de cap, celui que les français-es ont demandé dans leur contrat signé avec François Hollande en 2012.

«Je crois que les socialistes feraient une grave erreur à accepter politiquement une politique inefficace et qui s’éloigne très loin de ses valeurs»

[Je souhaite un retour d’une] «majorité de gauche conforme aux engagements que François Hollande avait pris devant les Français». «S’il prenait la responsabilité de la dissolution, ça veut dire qu’il ne veut clairement pas un gouvernement conforme à la majorité qui l’a élu».

– Marie Noëlle Lieneman, dans une interview au Figaro –

Voilà donc pourquoi je fais parti des signataires du texte suivant. Un texte qui demande à nos propres député-es de prendre leur responsabilité, en toute confiance, celle que je leur accorde.

Gouvernement Valls II : l’impossible confiance

Le 25 août, le Président de la République a choisi de reconduire Manuel Valls à Matignon et lui a demandé de « constituer une équipe en cohérence avec les orientations qu’il a lui-même définies pour notre pays ». Des trublions ont été évincés et cette équipe ressemble aujourd’hui à une image d’Épinal du social-libéralisme. Sur le fond comme sur la forme, c’est le passage en force d’une idéologie qui nie à la fois la diversité de celles et ceux qui ont porté François Hollande à la présidence de la République et la nécessité de mettre en œuvre le changement attendu.

Le Premier ministre a annoncé qu’il solliciterait de nouveau la confiance de l’Assemblée nationale le 16 septembre. Or, accorder sa confiance, c’est choisir une posture résolument optimiste sur les intentions du Gouvernement et le comportement de son Premier ministre. Sur ces deux points, nous considérons que les lignes rouges ont été franchies.

Les intentions de ce Gouvernement sont connues : renoncements environnementaux et recul devant les lobbies, austérité budgétaire, remise en cause de l’encadrement des loyers, gel des prestations sociales, soutien sans contreparties aux entreprises, etc. En revanche, plus un mot sur la transition écologique même à l’approche de la COP21 de Paris ! Plus un mot non plus sur l’indispensable réforme fiscale ou les réformes institutionnelles que commande l’agonie de la VIe République.

Cette politique diverge totalement des attentes suscitées par l’élection de François Hollande en mai 2012 et la succession des renoncements et résignations alimente un vote d’extrême-droite devenu refuge des « antisystèmes ».

Notre responsabilité politique, c’est de dénoncer ces discours pernicieux, de réaffirmer les valeurs de l’écologie, les attentes des électeurs de 2012 en matière de justice sociale, d’innovation fiscale et économique. Notre responsabilité, c’est de rompre avec une politique néfaste, quelle que soit l’étiquette qu’elle s’accole pour se donner bonne conscience. Jamais un Premier ministre n’avait autant répété qu’il était de gauche, comme pour s’en convaincre lui-même. Mais pour paraphraser Reverdy, en politique comme en amour, les actes comptent plus que les mots : il faut des preuves.

Aux intentions, il faut ajouter le comportement, la méthode. L’autoritarisme dont a fait preuve Manuel Valls en refusant le débat au sein de la majorité ne peut que nous inquiéter. Nous attendons d’un Premier ministre qu’il apaise, qu’il permette les conditions d’une expression sereine de la démocratie. Tel n’est aujourd’hui pas le cas. Nous déplorons des discours glissant vers le populisme, allant des amalgames sur les Roms jusqu’à la chasse aux « chômeurs – fraudeurs ».

Le présidentialisme atteint son paroxysme : un Président et un Premier ministre qui tentent d’imposer à leur majorité une autre ligne politique que celle pour laquelle ils ont été élus, qui méprisent le Parlement en remettant en cause une des rares lois à portée solidaire et sociale votée à une large majorité (loi ALUR), qui menacent de recourir abusivement à des ordonnances pour passer en force des projets sans les discuter avec leur majorité.

Après avoir plusieurs fois demandé un changement de cap, nous, écologistes, devons aujourd’hui affirmer notre autonomie. Faisons-nous confiance à ce gouvernement pour mettre la France sur de bons rails ? Pour engager la transition écologique qui mettra un terme à l’épuisement des ressources au profit d’un productivisme vide de sens ? Pour refonder notre démocratie en sortant du présidentialisme qui nous étouffe ? Pour restaurer le contrat social qui fait notre unité dans la diversité et la fraternité ? Non.

Ce gouvernement a choisi de déchirer le compromis historique de la majorité de 2012 au profit d’une convergence idéologique avec un libéralisme effréné. Cette convergence, c’est le sursaut du productivisme, du monde d’hier qui s’accroche au pouvoir.

Nous, écologistes, demandons que le Président de la République engage enfin la politique pour laquelle il a été élu. Qu’il rompe avec ce mépris des électeurs et de la parole donnée qui alimente la désillusion, l’abstention et le dégoût du politique.

Notre responsabilité n’est pas de nous compromettre. Elle est de briser l’illusion que cette politique est légitime et qu’elle serait la seule réponse. Notre responsabilité est d’ouvrir les yeux, de regarder ailleurs et d’incarner une autre voie.

Notre responsabilité n’est pas d’accompagner l’abîme de cette Ve République à bout de souffle, mais de créer les conditions d’un sursaut démocratique, d’accompagner une chance historique de construire une VIe République écologique et sociale.

Nous appelons donc tous les parlementaires n’ayant pas abdiqué à changer le réel au profit de la solidarité, de la démocratie, de la justice et de l’écologie, à refuser d’accorder leur confiance à ce gouvernement en votant contre le 16 septembre. Il est aujourd’hui indispensable d’envoyer un signal au Président de la République et au gouvernement pour qu’ils engagent enfin la politique pour laquelle ils ont été élus.

Premiers signataires : Enzo POULTRENIEZ, Michel BOCK, Alexis BRAUD, Yves CONTASSOT, David CORMAND, Elen DEBOST, Jean-Sébastien HERPIN, Wandrille JUMEAUX, Michèle LE TALLEC, Antoine MAURICE, Philippe MEIRIEU, Catherine NAVIAUX, Florence PELISSIER-COMBESCURE, Didier-Claude ROD, Sandrine ROUSSEAU

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