Fillon : le clientélisme d’un Conseiller général du XXème siècle

Face aux affaires qui entachent l’image de leur candidat, la stratégie des soutiens de Fillon est d’essayer d’orienter l’attention des citoyen-nes vers son projet. Noble but si ce n’était celui de faire diversion.

Lors de son passage dans l’émission “On n’est pas couché” du samedi 25 mars 2017, ce fut là l’argument de M. Mariton, conseiller politique de François Fillon, au risque d’avoir fait passer le message “oui, il n’est pas super honnête, mais lisez donc son programme, diantre !”.

Un point a attiré mon attention, au delà de l’exercice de défendre l’indéfendable, c’est la répétition à trois reprises de l’argument de “revalorisation des petites retraites”. Mais oui, cela devenait évident : puisqu’il y a crise dans l’électorat de droite, il faut resserrer les rangs, pour diminuer l’échec, rassembler les troupes du socle électoral qui s’érode, et pour ce faire, la droite a une bonne vieille technique, qu’elle n’est pas seule à employer : le clientélisme.

Le clientélisme, définition politique

Terme péjoratif inspiré de la pratique antique et couvrant les relations intéressées entre politiques et citoyens. […]

Le clientélisme s’entend ici comme une faveur injustifiée accordée à une personne, souvent en échange de son vote. Les députés français sont parfois accusés de clientélisme en faveur de leurs administrés locaux, en faisant pression sur le gouvernement pour l’obtention de crédits en faveur de leur circonscription.

Exemple : un juge de commerce rend un jugement favorable, ou une personnalité politique octroie un appartement (affaire des HLM de Paris), en échange d’un soutien futur (vote, soutien de la campagne électorale…).

Ainsi, lorsqu’on interroge les citoyen-nes de Levallois-Perret sur la probité de leur édile, la réponse est souvent “oui, mais on a une belle ville, c’est un bon maire”.

Ainsi, lorsqu’on demande aux habitant-es de Dampierre en Burly quel est leur regard sur le danger nucléaire, ils et elles soulignent que la centrale, ça permet un beau stade ou encore une belle piscine.

Ainsi, lorsqu’on se questionne sur le renouvellement jusqu’à son décès de tel (ici on genre rarement) député ou conseiller départemental, on découvre souvent telle subvention à telle association, donnée devant les objectifs de la presse régionale. Un clientélisme sans publicité ciblée est moins efficace.

Sachant que l’électorat de la droite conservatrice se loge dans les populations les plus âgées, M. Mariton se devait donc de répéter à trois reprises que les “petites retraites seront revalorisées”. Cela ne mange pas de pain, de par son imprécision, chaque retraité entendra donc que sa propre “petite” retraite sera revalorisée. De combien, on ne sait pas, mais on se sent considéré… jusqu’au jour des modalités de la revalorisation qui donnera au mieux 10€/mois au plus nécessiteux des retraités, donc surtout pas à tou-tes les électrices-eurs potentiel-les du candidat Fillon.

Mais il ne s’agit pas là du seul argument, voici quelques exemples issus du programme de Fillon, suivi de la population qu’il faut flatter.

Les titres de chaque proposition sont bien les têtes de chapitre originales, le tout issu du programme de cette droite.

Soutenir cette belle tradition française qu’est la chasse

Doit-on préciser qu’il existe peu de chasseurs chantant l’Internationale à tue-tête dans nos champs en septembre ou tapis en Baie de Somme ? Forcément, cela fait fuir la proie.

Soutenir les familles

Quelle est importante cette notion de famille dans les milieux catholiques de droite : le rempart contre l’amoralité, le bouclier contre toute dérive. Alors donnons-lui de l’argent, même si cette famille est d’un niveau de vie ne flirtant pas avec la nécessité, comme au sortir de la guerre, quand il fallait repeupler le pays, au siècle dernier : Rétablir l’universalité des allocations familiales pour rendre son efficacité à notre politique familiale. Proposition numéro un, bien mise en avant, par ici les pépettes.

Protéger les droits de l’enfant

C’est ici qu’on retrouvera l’influence du tea-party, soutien de Fillon, Sens Commun. Il faut éviter la condamnation de toute homosexualité, au risque de passer pour LGBTphobe en maquillant ces points par la protection de nos enfants, enfin celles et ceux issus d’une famille dite “normale”, concept de chez ces gens-là.

  • Préserver le cadre juridique défini par les lois de bioéthique de 1994, révisées en 2011 : la procréation médicalement assistée (PMA) restera interdite aux couples de femmes et aux femmes seules ; la gestation pour autrui (GPA, « mères porteuses ») restera interdite à tous et les sanctions pénales sur le recours ou la promotion de la GPA seront renforcées. Le gouvernement luttera contre les détournements de procédure par le biais de conventions signées avec les pays autorisant l’une ou l’autre de ces pratiques. Une action au niveau international sera par ailleurs menée en faveur de l’abolition de la GPA.
  • Réécrire la loi Taubira, sans effet rétroactif et en concertation avec toutes les associations concernées, en posant la règle que l’adoption plénière sera réservée aux couples de sexe différent, la filiation n’ayant de sens qu’à l’égard d’un homme et d’une femme. Dans le cadre de la concertation avec toutes les parties prenantes, il faudra s’interroger plus globalement sur les évolutions nécessaires de notre droit de l’adoption.

L’agriculture est un secteur stratégique

L’influence de la droite dans le secteur primaire est en érosion perpétuelle. L’agriculteur harassé, paupérisé, au bout du rouleau se tourne de plus en plus vers la concurrence d’extrême-droite. C’est donc pas moins de 19 propositions qui sont faites pour le rattraper.

Des propositions fabriquées par l’officine de la FNSEA, comme le faisait remarquer la journaliste Isabelle Sapora à M. Mariton. Des propositions faites selon le modèle productiviste qui a empoisonné nos sols, nos cours d’eau et amené le monde paysan là où il est actuellement : piégé par les lois du marché, subventionné au compte-goutte pour sa survie, contractualisé aux plus grandes marques d’industriels de l’agrochimie.

Un exercice simple est à faire : rechercher le préfixe bio-. Les deux seules occurrences seront “biotechnologie” et “biodiversité” (accolé à la chasse, évidemment). Mais jamais, nous ne croiserons le mot “bio” tout simplement, ignorant par là même le désir de chaque français-e : manger bon et sain.

L’exercice pourrait être continué encore de nombreuses fois, laissons le lecteur faire lui même le jeu : lire les propositions et chercher quelle croupe peut être flattée par chacune d’entre elle. La suite du jeu est d’ensuite chercher le projet innovant, les nouveautés non encore essayées. Car c’est aussi ici que le bât blesse : le projet de M. Fillon est connu et à déjà été à l’oeuvre sous la mandature sarkosiste, avec les succès qu’on lui connait.

Car la ponctuation pertinente de l’exposé de M. Mariton arriva par la parole de Lambert Wilson, lors de l’émission : la société vous dira que vous, fillonistes, êtes des gens du passé.

Des gens du passé qui s’accrochent aux avantages du pouvoir par la méthode fabriquée par le dévoiement des règles de la Vème République : le clientélisme, ou comment acheter des voix. Une Vème République bien évidemment pas remise en cause dans le projet du candidat Fillon.

Une réflexion sur “ Fillon : le clientélisme d’un Conseiller général du XXème siècle ”

  • mars 26, 2017 à 5:40
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    Le journaliste économiste de service à France 2 avec Pujadas l’autre soir (du cabinet noir) a bien fait la démonstration des accroissements de revenus des catégories sociales faibles, moyennes et fortes 1%, 5 et 25% (Ordres de grandeurs) sous Sarkozy-Fillon ! On pourra rappeler cela aux “troupes du socle électoral qui s’érode” ‘pas du côté des nantis évidemment (encore qu’ils ont le choix entre Macron et Marine).

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