En finir avec la gauche passéiste !

Dans une interview du Nouvel Obs à paraître dans l’édition papier du 23 octobre, le premier Ministre nous fait à nouveau le coup de l’autoritarisme, lui faisant asséner ce qui lui semble être des vérités, mais n’y apportant aucune argumentation solide.

Nous avons sans doute pris du retard et il y a eu des mauvais choix

C’est la première fois qu’un membre de la majorité (la solide, celle sans les écologistes ou les frondeurs) reconnait l’erreur.

Pris du retard, on le voyait, on le disait. Il suffisait de voir, dans les deux premières années du quinquennat, les productions de loi issues du Gouvernement. Au delà des lois de fonctionnement (redécoupage de canton par exemple), on peut citer le mariage pour tous, mal terminé, ou encore la loi Alur, vraie loi sociale, pensée par une écologiste, mais mise à mal par le premier Gouvernement Valls. Détricoter ce qu’a fait une précédente majorité, on connaissait, mais désavouer une politique précédente d’une équipe normalement de la même majorité, là on a eu une vraie innovation.

Pour ce qui est des mauvais choix, mis à part ce qui va suivre, et compte tenu du sur-place de l’époque, dû à un manque de cap, on peut alors rester sur notre faim quant à l’argumentation du premier Ministre.

Nous avons privilégié l’impôt par rapport à la diminution de la dépense publique

Dans un article du Parisien, nous pouvons nous rappeler que Jérôme Cahuzac, Ministre de l’Economie avant de devenir paria, déclarait le 6 janvier 2013, au Grand Rendez-vous Europe 1/i-Télé/le Parisien, qu’il n’y avait «pas d’augmentation d’impôts prévue ou prévisible, envisagée ou envisageable» d’ici à la fin du quinquennat du président François Hollande. Le Ministre ajoute également que « Le budget 2013 prévoyait 30 milliards de recettes supplémentaires, financées pour un tiers par une augmentation des impôts pour les contribuables, un tiers pour les entreprises et le reste par le biais d’économies sur les dépenses publiques« .

Ah mince, ce fut un mensonge en son époque ? Les yeux dans les yeux ?

Mais le catalogue sur les impôts, leurs hausses, leur stabilité, les baisses, et tout le tintouin, est plutôt fourni, comme le montre cet article du Monde :

  • Septembre 2012 : « Pas d’effort fiscal supplémentaire » après 2013 (Jérôme Cahuzac)
  • Février 2013 : « Six milliards de recettes à trouver pour 2014 » (Jérôme Cahuzac)
  • Mars 2013 : « En dehors de la TVA, aucune autre augmentation d’impôt en 2014 » (François Hollande)
  • Avril 2013 : « Les prélèvements augmenteront bien en 2014 » (Pierre Moscovici)
  • Mai 2013 : « L’idéal serait de ne pas augmenter les impôts » (François Hollande)
  • Juillet 2013 : « Dans l’idéal, le moins possible » (François Hollande)
  • 31 août 2013 : « Le temps est venu de faire une pause fiscale » (François Hollande)
  • 5 septembre 2013 : « Beaucoup moins » de nouveaux impôts que prévu en 2014 (Bernard Cazeneuve)

J’arrête là, il en reste : filez sur l’article du Monde.

Une évidence s’impose alors : les discours de l’époque contredisent celui du moment de Manuel Valls, et/ou inversement. Quand on doute d’une parole, il est difficile d’avoir une confiance.

En 2012, nous avons commis l’erreur de ne pas tendre la main à François Bayrou

Mais j’ajouterai qu’en 2012, les mains étaient fermées de toute part. Tout comme avant lui Sarkozy et les Villepinistes, Chirac et les Balladuriens, Hollande a boudé les Aubryistes. Ne rassemblant déjà pas à gauche, avec le refus du Front de Gauche, se priver de forces internes arrivées secondes de la primaire socialiste était également une erreur, entraînant une rancœur.

Je souscris également à l’idée d’erreur vis à vis du Modem, où des personnes de bonne honnêteté existent, puisque nous, écologistes, les croisons souvent dans des associations comme Anticor.

2012 aurait pu être un grand rassemblement, depuis les forces se sont éparpillées devant la gabegie. Reconnaître ses erreurs, c’est très gentil, mais ça ne les gomme pas.

Il faut en finir avec la gauche passéiste, hantée par le surmoi marxiste et le souvenir des Trente Glorieuses

Sur ce point, tout bon écologiste ne peut qu’être en accord avec Manuel Valls. Oui le Marxisme est incomplet (mais ses mécaniques sont toujours intéressantes à étudier à la lumière contemporaine). Effectivement, les Trente Glorieuses (et son cortège de TGV, de nucléaire, de projets de type Minitel) sont dans notre dos et ne reviendront pas : ces moments de croissance forte sont terminés.

Les écologistes le disent depuis des années, avec une idée simple : l’économie prend ses assises de production sur les matières premières, croyez-vous que ces matières premières soient intarissables ? Rappelez-vous des ruées vers l’or, vers le pétrole, rappelez-vous des assolements triennaux pour laisser reposer une terre pour ne pas la rendre trop vite infertile.

Donc la production à outrance, entraînant cette croissance, chimère recherchée aussi bien par les marxistes (PCF), mais aussi par les sociaux-démocrates (PS – MODEM), sans parler des capitalistes (MODEM – UDI – UMP), et oublions les irréalistes protectionnistes (DLR ou encore le FN) dont la méthode est l’antithèse des résultats qu’ils espèrent, toute cette production industrielle désirée, résumons cela par le productivisme, est un mirage auquel ne croient que ceux qui croient en leurs promesses : le citoyen qu’on endort par des concepts aussi compliqués que la lourdeur de la phrase que vous venez de subir.

Car le modernisme prôné par Manuel Valls, et qui se veut une réponse moderne à cette « vieille gauche syndicaliste » (hou, la vilaine insulte quand on est de gauche !) n’est autre que du Blairisme (Labor, donc normalement gauchiste, mais surtout anglais industriel donc libéral) et le Blairisme est l’aboutissement du Thatcherisme sans l’armée pour tirer sur les ouvriers (mais aidant à aller quand même casser de l’hypothétique détenteur d’armes de destruction massive).

Valls n’a donc que des vieilles recettes à nous proposer. Des recettes qui ont mené à des emplois sous-payés, à des conditions de travail déplorables, à de la spéculation, de la délocalisation, de la financiarisation, et de la salutation élogieuse à pollueur défiscalisant en cas de décès.

Valls a raison sur ce point : le marxisme ne sera pas l’alternative. Mais il nous faut rappeler qu’après les Glorieuses, il y eut les Piteuses. Et ces Piteuses sont le résultat d’un système à bout de souffle : ce que certains appellent le libéralisme et qui n’est en fait que du capitalisme dérégulé.

Mais nous avons alors un souci : les engagements du candidat Hollande, le contrat de 2012, ce que nous écologistes, ainsi que bon nombre de socialistes dit « frondeurs », désirons respecter, ces engagements étaient-ils des erreurs ou des mensonges dans la vision de M. Valls ? Car la politique observée actuellement par le Gouvernement Valls est exactement le contraire de ce qui avait été écrit.

L’avenir, l’alternative et, pourquoi pas, l’alternance seront sur de nouvelles bases : celui du refus de ce système injuste. Et Manuel Valls n’en est pas le héraut.

Les écologistes proposent cette alternative. A vous de juger :

Le projet d’Europe Ecologie – Les Verts, cliquez sur l’image pour le consulter.

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