Electrices, électeurs. Ne pensez-vous pas que ces candidat-es vous méprisaient ?

Chaque citoyen-ne respectant les règles n’est donc évidemment pas dans la violation de la légalité. Il ne va pas, non plus, être ici question de moralité, car il faut un brevet de moralité pour pouvoir en décerner à d’autres.

Cependant, en politique, il y a le dire et le faire… Et parfois, il faut masquer les anciens dires pour excuser l’actuel faire.

Ainsi, lorsqu’un-e candidat-e se présente à une élection, cette personne explique pourquoi elle sera la plus à même de mener à bien le mandat. Il y a donc un engagement implicite envers les électeurs et les électrices. Et cet engagement, ne se devrait-il pas de mener à bien, ou plutôt au mieux à terme, son mandat.

Les diverses lois sur le cumul des mandats devraient être pensées pour mettre fin à la professionnalisation de la politique. Mais, pour que ce but soit atteint, il faudrait enfin créer un statut de l’élu-e permettant à chaque citoyen-ne d’accéder à un mandat sans la crainte d’un arrêt risqué de son métier antérieur.

Ainsi une loi mal ficelée entraîne des effets pervers.

Nous passerons vite fait sur les édiles qui, préférant leur commune, et pour être en conformité avec la nouvelle loi interdisant de cumuler la députation avec un mandat exécutif local, augmentent leurs indemnités afin de conserver un revenu confortable, comme lorsqu’ils cumulaient. Ainsi le Maire d’Orléans, qui, certes, était à une rétribution basse (958€), décide de faire voter une augmentation assez gênante… de 500%.

Mais il est un autre sport, se rapprochant du triple-saut, qui est de passer tel un cabri d’un mandat à l’autre. Les incertitudes dues à la recomposition politique poussent au crime.

Ainsi, le cumul des mandats de député et de sénateur est interdit (article L.O. 137 du code électoral). Mais cela n’empêche pas des sénateurs et sénatrices d’avoir été candidat-es pour ces législatives.

Ainsi, Luc Carvounas (PS), Gaëtan Gorce (PS), Leila Aïchi (divers droite, ex-EELV), Stéphane Ravier (FN) et Eliane Giraud (PS) se sont présenté-es. Seul Luc Carvounas a été élu (tant mieux, tant mieux pour les quatre autres).

L’intérêt est ici de faire des sauts de puce de mandat en mandat, trustant ainsi la place, professionnalisant ainsi son « métier de politique ».

Enfin, un député ou un sénateur ne peut plus cumuler son mandat parlementaire avec celui de représentant au Parlement européen (article L. O. 137-1).

En 2014, le FN devenait premier parti de France grâce aux Européennes, trône qu’il a perdu depuis. Marine Le Pen était élue, puis vint la révélation des affaires, dont celle des attachés parlementaires fictifs. Devant rembourser une somme importante de plus de 300 000 €, et ne s’en acquittant pas, le Parlement Européen a dû se saisir sur les indemnités de certain-es député-es, dont Marine Le Pen. Ainsi élu-e, la nouvelle députée ne paiera pas, pour le moment, la somme, donc nos impôts, ainsi détournés.

Un autre cacique de la politique française était élu député européen en 2014, tête de liste Sud-Ouest du Front de Gauche : Jean-Luc Mélenchon.

Beaucoup se sont émus de son « parachutage » à Marseille, mais ce qui était plus choquant était sa stratégie du saut de gazelle : parti de l’Essonne où il fut conseiller général, président de ce même conseil général et sénateur, ça n’est pas moins de 62 ans de mandat qu’il cumule.

Depuis le Front de Gauche s’est effrité et le nouveau projet de Mélenchon est la France Insoumise qui désire soumettre ses anciens partenaires, comme les Communistes. Obligé donc de rendre son mandat de député européen, la suivante de liste est Mme Marie-Pierre Vieu. Le Figaro narre ainsi l’histoire du jour :

Mélenchon n’écarte pas l’idée d’un groupe parlementaire associant FI et PCF, mais…

Jean-Luc Mélenchon n’a pas fermé la porte à un accord entre FI et PCF pour un groupe parlementaire. « Il y a sans doute eu des malentendus », a-t-il glissé, dans une formule très mesurée, au sujet des oppositions entre insoumis et communistes qui ont marqué la campagne.

Le député a cependant soulevé un nouveau point de désaccord entre les deux formations au sujet de sa succession au Parlement européen. L’eurodéputé souhaiterait voir son lieutenant Manuel Bompard, candidat défait au second tour des législatives, lui succéder. Mais celui-ci n’est que troisième sur la liste victorieuse en 2014, derrière… la communiste Marie-Pierre Vieu. Jean-Luc Mélenchon souhaite que celle-ci se désiste au profit de Manuel Bompard.

(Source : Le Figaro)

Mépris de la parité, mépris des accords passés et mépris des citoyen-nes qui l’ont élu, voilà un visage de Mélenchon plutôt accablant.

62 ans de mandats, il est peut-être temps de retourner dans la vie active, certes un retour qui serait facilité avec un bon statut de l’élu, et un peu moins de cynisme politique.

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