Drogues : la réponse du nouveau monde est de continuer les anciennes méthodes inefficaces

A l’occasion de l’annonce d’un non-plan banlieues, dans un exercice de stand-up dont il a l’habitude, le Président Macron a abordé dans un flou artistique les problèmes induits par les drogues :

« Un plan de lutte contre le trafic de drogue » sera dévoilé « d’ici juillet » car, selon lui, pour l’instant « on a perdu la bataille du trafic dans de nombreuses cités »

Ces extraits de phrases, même si elles ne débouchent que sur un désert de propositions, en disent déjà long. Le constat d’échec des politiques jusqu’ici engagées est fait, mais l’évocation de lutte contre le trafic de drogue ne montre pas la volonté de s’intéresser au problème drogue, mais plutôt à sa partie économique (le trafic) en luttant, donc en continuant une politique de répression.

Macron a raison : la bataille est perdue depuis des années

La France et la Suède sont les deux états européens les plus répressifs sur la question des drogues. Plus particulièrement, en France, et pour le cannabis, pour un cas de possession de cette substance, on risque un an de prison et 3 800 euros d’amende, si la quantité de cannabis est considérée « pour usage personnel » et non pas destinée à la vente.

Cependant, plusieurs études montrent que la consommation augmente et, plus inquiétant, qu’elle se démocratise vers les plus jeunes.

Ainsi, parmi les 18-64 ans, 42 % l’ont déjà expérimenté (50 % parmi les hommes et 33 % parmi les femmes). En 2014, 47,8 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir fumé du cannabis. Marginale en classe de sixième (1,5 %), l’initiation au cannabis concerne pratiquement un pré-adolescent sur quatre en troisième. (Source : l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanie).

Dans un effet mécanique, et non par efficacité, les interpellations pour usage de cannabis sont en nette augmentation, mais les condamnations qui seraient attendues par le code civil (prison) ne suivent pas.

Évolution du nombre d’interpellations pour usage de stupéfiants, par produit (1985-2009). Rapport du sénateur Desessard sur le cannabis.
Évolution des condamnations judiciaires prononcées pour usage illicite. Rapport du Sénateur Desessard sur le cannabis

La mise en parallèle de ces chiffres de consommations, d’interpellations et de condamnations montrent l’échec d’une politique répressive. À cela, s’ajoute, la monopolisation de services de police et de justice sur le sujet, par leurs coûts financiers et humains, là où on aurait besoin d’eux sur d’autres dossiers pour une meilleure efficacité.

Les drogues posent de réels problèmes de santé publique

Les autorités publiques ont un vrai devoir de traitement sain et mesuré des drogues. Dans un premier temps, elles ne doivent ignorer aucune de celles-ci parce qu’elles seraient « autorisées », on pense bien évidemment à l’alcool (traitée en non-drogue à cause de la présence d’une importante production française, certes le vin, mais il faut savoir que les grandes marques françaises comme LVMH ou Pernod-Ricard sont propriétaires de la quasi-totalité des distilleries de whiskies en Ecosse, par exemple). La cigarette et le petit canon doivent être traités pour ce qu’ils sont, à égalité avec le spliff ou le rail : des drogues.

La santé publique, c’est l’état physique de chacun, c’est la morbidité d’une société, et ce sont également, pour notre société solidaire d’accès à une santé pour tou-tes, des coûts induits. La passivité et le dogmatisme d’élu-es depuis la loi de 1970 qui régit la politique en matière de drogues sont des irresponsabilités qui abîment notre collectif.

Suivant l’âge, la physiologie, le sexe, les héritages génétiques, etc., nous ne sommes pas tou-tes égaux face à la drogue. Il est donc irresponsable de faire sniffer un-e ado de 17 ans qui n’a pas fini sa croissance et son développement, une personne de 15 ans aura plus de chance d’être en échec scolaire s’il fume son petit pétard quotidien (si ce n’est plus).

Ainsi, ne serait-ce que pour le cannabis, Drogue Info Service rappelle :

Quelle que soit la fréquence de consommation, même lors d’une première prise, l’usager s’expose à :

  • Baisse de la vigilance et ralentissement des réflexes,
  • Limitation des capacités et de l’intérêt à apprendre ou à réaliser des tâches qui demandent de la concentration ; apparition de troubles passagers comme l’anxiété, les crises de panique ou de paranoïa, un état dépressif qui peuvent nécessiter une hospitalisation,
  • Déclenchement de troubles mentaux durables chez des personnes fragiles, voire aggravation des troubles mentaux chez les personnes souffrant de ces pathologies.

Enfin, les risques de bronchites et de cancers sont plus importants lorsque le cannabis est associé au tabac. Et c’est le cas.

Les propositions alternatives

De prime abord, le réflexe serait de stopper net l’inutilité : une dépénalisation du cannabis, voire de toutes les drogues. Mais ce n’est pas par l’exagération qu’on répond à l’incongruité. En effet, une simple dépénalisation aurait un effet positif de libérer les forces de sécurité. Mais, sur le plan santé, on ne peut laisser un tel terrain à l’abandon.

Il faut s’intéresser à une légalisation, aux impacts de santé, certes, mais aussi économiques, comptables et de paix civile. En étudiant même le sujet, et par retour d’expérience des dépénalisations et légalisations dans d’autres pays, on peut corriger certains effets pervers, on peut même trouver une certaine valeur ajoutée parfois inattendue.

Délinquance, trafic, économie parallèle mais aussi santé, addiction, traçabilité

Il n’est pas normal que de l’argent fuit vers des capitaux malhonnêtes. Certes, par une légalisation, on règle le problème de délinquance de fin de consommation (l’acheteur-consommateur), mais on n’intervient pas sur l’économie parallèle qui permet des financements de groupes terroristes et/ou mafieux. Il faut profiter du projet de légalisation pour étouffer cette fuite de richesse, et, pourquoi pas, la transformer en richesse publique.

On pense, en matière de santé, à la nocivité du produit en lui-même, mais on oublie souvent le doute qu’on peut avoir quant à la qualité de ce produit. On pense aux substances de coupe, bien évidemment (ajouter un peu de bicarbonate à un gramme de coke augmente la quantité de cette coke), mais on oublie souvent de se demander l’origine des matières premières et dans quelle condition est produit ou raffiné la drogue.

Lors d’une interview à Quotidien, l’addictologue Amine Benyamina évoque l’image des drogues auprès des jeunes : l’héro, c’est la mort, l’ecsta, c’est la teuf, la beuh, c’est bio, normal, puisque c’est de l’herbe. Sauf que bon nombre de cannabinacées vendues sur le marché sont de purs produits OGM, pour mieux pousser, pour résister aux pesticides, pour booster le THC.

Au moment de l’explosion des teufs et des raves, Médecins sans Frontière intervenait avec des kits de testing. Les teuffeurs-euses testaient leurs produits et pouvaient ainsi savoir quelle merde ils allaient avaler (ou s’ils avaient acheté un simple médicament).

En matière de drogue aussi, la traçabilité est importante : pour le trafiquant, ce n’est pas l’effet festif pour l’utilisateur qui l’intéresse, c’est le nombre de dollars qu’il va pouvoir palper. Un produit, déjà ayant une action sur le corps, qui a une qualité exécrable est un produit encore plus dangereux.

Le retour sur les expérimentations et réalisations d’autres pays

La légalisation du cannabis aux Etats-Unis. Les exemples du Colorado et de l’État de Washington. Étude de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI)

Ce tableau est très intéressant car il permet de montrer les effets pervers de bonnes intentions pas toujours estimées. Il faut donc dans un premier temps constater l’apport d’une telle réglementation, et corriger les effets négatifs induits. Ainsi, nous voyons dans la dernière partie qu’il y a peu d’effet sur les organisations criminelles. C’est peut-être là la conséquence d’un marché du fournisseur laissé libre et peu contrôlé. Chaque exemple doit être étudié et corrigé.

La proposition des écologistes

La dépénalisation du cannabis, nous l’avons vu, n’induit pas une mécanique satisfaisante sur la politique de santé. Il faut donc encadrer le cannabis par une légalisation complète et un cycle de vie du produit géré.

  • Le cannabis doit être légalisé en partie, des études et réflexions doivent être engagées pour les autres produits actuellement illicites pour éviter un report de la consommation vers ces produits,
  • La légalisation est partielle car, à l’instar du tabac et de l’alcool, et même si on sait qu’un tel reste de prohibition peut être contourné, il faut prendre en compte la vente au mineur-es et l’interdire, et il faut maintenir l’interdiction en dehors du circuit légal,
  • La vente et la distribution des produits seront régulées par un monopole d’État calqué sur l’ancien modèle de la Régie des Tabacs (SEITA), une autorisation de vente devra être nécessaire pour avoir une échoppe sur le même modèle que les buralistes ou les licences IV pour les ventes d’alcool,
  • La production sera effectuée en France pour les produits qui y sont productibles (le chanvre pousse dans nos champs) et des concessions seront données à des agriculteurs-trices suivant un cahier des charges établis en amont (bio, traçabilité, contrôles),
  • La drogue sera taxée et le fruit de cet impôt ira (il faut l’inscrire dans la loi pour éviter tout détournement budgétaire futur) à une politique de santé élaborée incluant information des usagers comme des personnels de santé, éducation, traitement, suivi de consommation.

Ne pas mettre de côté les autres drogues

Nous l’avons vu, si la légalisation du cannabis est prête (il suffit de lire le Rapport Desessard), une nouvelle réflexion doit être engagée sur toutes les autres drogues, les connues (Héro, Coke, MDMA/MDMD, etc.), mais également les nouvelles drogues de synthèses (NDS, connues aussi sous les noms de « sels de bain » ou Research Chemicals/RC). Pour comprendre l’impact et le développement de ces nouvelles drogues ou ces nouveaux modes de consommation, il suffit de se reporter à divers articles :

Les Inrocks, Xanax, Valium, Lexomil : les ravages des anxiolytiques sur les adolescents et nouvelles drogues de synthèse: la défonce à portée de clics.

Mais ça, le nouveau monde il n’en parle pas, et même pas sûr qu’il l’envisage…

« Je ne vais pas vous annoncer un plan banlieue, cette stratégie est aussi âgée que moi » était l’excuse du Président Macron pour dire qu’il ne mettrait pas un kopeck dans un plan banlieue, et bien, puisque la mesure de l’utilité a l’air de se faire en nombre d’années, il est fortement conseillé au Président d’éviter des politiques qui datent de 1970, années où il n’était même pas envisagé.

Sources :

LE site à consulter, ses forums, son wiki, avant toute prise de drogue, pour savoir, pour connaître :

http://www.psychonaut.fr/ et https://psychonautwiki.org

 

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