Dictature de l’émotion, dogmatismes : va falloir penser à se calmer

Tempête dans la bassine de la gauche européenne ce samedi : une dépêche AFP tombait titrée “Cohn-Bendit recommande de soutenir le conservateur Juncker” (Le Monde) ou encore “Daniel Cohn-Bendit appelle les eurodéputés verts à soutenir Juncker” (Le Point).

Une majorité de personnes s’arrêtent aux titres et se font un jugement…

Mais allons plus loin, et voici la citation selon l’AFP :

« Vous savez, je suis critique sur beaucoup de choses chez Juncker, mais dans le cas présent je recommande aux députés européens de se ranger derrière lui. […] Je recommande aux Verts, et pourtant je le répète j’ai beaucoup de critiques à l’égard de Juncker, mais cette fois-ci je conseille aux Verts d’assurer une majorité à Juncker, alors peut-être que nous pourrons faire évoluer la démocratie européenne. »

Le Monde laisse les […], ce qui n’est pas le cas de tous les journaux. Fort de cet indice, avant de m’emporter en hurlant au “mais qu’est-ce qui dit pépère !”, je cherchais mais que nenni : de partout la dépêche AFP était reprise in extenso.

Pendant ce temps là, les enragés de l’émotion faisaient leur office sur les réseaux sociaux (donc boule de neige dans la vraie vie où traîne un concept plutôt porteur s’appelant le peuple, et le peuple juge vite) : Cohn-Bendit collabo du grand capital !

Mais je ne pouvais toujours pas défendre cela, sur la simple allégation du “y’a Dany qui dit” (les écolos ne sont pas des bénis oui-oui à leurs leaders, désolé, parfois on croit que c’est le bordel chez nous, mais nous on appelle cela l’esprit critique, la possible objection de conscience). Alors je demandais en interne. Une réponse me fut apportée :

Dany parle juste du Parlement Européen où, face à l’attitude de Cameron et consorts, il préfère graver dans le marbre le fait que le président de la commission est issu du vote des européens plutôt que des arrangements entre chef d’états.
C’est aussi simple que cela. Cela ne vaut pas soutien de l’action de Juncker mais pour la construction européenne, mieux vaut Juncker qu’une nomination externe. cela aurait été la même logique si les sociaux démocrates étaient arrivés premier, il aurait appeler à votre Schultz.

Voilà donc un éclaircissement nuançant mieux la chose : respecter l’institution et le fait que le Président de la commission soit issu de la majorité exprimée par le peuple européen, mais cela ne veut aucunement dire qu’il faut s’aplatir face au PPE quitte à voter toutes leurs propositions, par la suite, que, évidemment, nous combattrons ou (et c’est important), nous défendrons puisque c’est ainsi que fonctionne le Parlement européen, pas de clivage immuable mais des accords de faits sur chacun des dossiers.

Ce matin, Tsipras, le candidat du GUE (auquel est rattaché le Front de Gauche), disait en substance la même chose, sans appeler à voter Juncker. Nous remercions Tsipras d’être aussi respectueux de ces institutions, de la volonté des peuples, même si cela nous arrache de reconnaître que nous ne sommes pas majoritaires. Cela s’appelle le respect de la démocratie.

J’insiste sur le “sans appeler à voter Juncker”, ce sera le dernier argument des enragés des réseaux sociaux afin d’expliquer leurs aboiements intempestifs et à la va vite.

Mais à trop aboyer en montrant les dents, le chien qui demande à être adopté peut effrayer celui qui peut le recueillir.

Une réflexion sur “ Dictature de l’émotion, dogmatismes : va falloir penser à se calmer ”

  • juin 2, 2014 à 9:20
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    Deux petites remarques. Oui Juncker est légitime pour le poste de président de la commission puisque le PPE a gagné les élections. C’est à lui de se trouver une majorité. Et c’est là que je suis plus proche du point de vue de Tsipras que de Conh-Bendit. Il doit trouver sa majorité, et pas l’avoir d’office parce que le PPE est en tête. D’ailleurs il est en tête sans avoir la majorité absolue. Donc, et c’est ce que dit Tsipras, et ce qu’on prévu les partis européens, il cherche sa majorité et s’il ne l’a pas, on passe au suivant : Schultz.

    Par contre, le parlement doit refuser toute proposition qui ne serait pas conforme aux votes des citoyens européens. Même quand c’est quelqu’un de son camp. Il en va de la légitimité de ces élections, du parlement même.

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