Delenda est…

Pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas cette citation, delenda est Carthago, relisons la définition qu’en donne Wikipedia.

Il s’agit d’une citation latine attribuée à Caton l’Ancien, mort en 149 av. J.-C., elle signifie « Il faut détruire Carthage ! » (littéralement « Carthage est à détruire »).

Bien que les Romains aient remporté les deux premières Guerres Puniques, ils connurent quelques revers et humiliations dans leur lutte d’influence contre la cité-État maritime et phénicienne de Carthage au nord de la Tunisie actuelle. Cela les poussa à rechercher par vengeance la victoire totale qui s’exprime par cette formule. La Troisième guerre punique s’acheva par la destruction complète de la ville. La cité fut brûlée (des traces d’incendie sont visibles sur les quelques ruines qui restent de la Carthage phénicienne), rasée et les survivants vendus en esclavage. Les historiens se demandent si, oui ou non, les champs furent recouverts de sel. En tout cas, cette légende donne une idée de l’animosité romaine.

Selon la tradition, Caton l’Ancien prononçait cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat à Rome, quel qu’en soit le sujet.

L’expression s’emploie aujourd’hui pour parler d’une idée fixe, que l’on poursuit avec acharnement jusqu’à sa réalisation ; elle peut signifier aussi la nécessité de détruire une institution ou une structure devenue néfaste mais qui persiste.

Depuis le décès de Rémi Fraisse, une tension va crescendo entre le gouvernement socialiste et EELV. Si celle-ci se passait sur le terrain des idées, elle serait une simple joute politique, mais nous atteignons des sommets d’éléments de langage, de sentences prémâchées et populistes et, surtout, de beaucoup d’accusations graves pouvant entraîner un divorce pérenne.

Parler de récupération politique

Afin de discréditer les écologistes, il est une première technique qui consiste à les montrer en cyniques récupérateurs de la mort de Rémi Fraisse au Sivens. Les écologistes ne seraient donc que des froids stratèges qui, sur le corps d’un homme, construiraient leurs futurs résultats électoraux.

Dans un premier temps, il est particulièrement malhonnête de maquiller ainsi la chronologie des événements. En amont du décès d’un militant écologiste pacifiste, des sonnettes d’alarmes avaient été tirées. José Bové, Cécile Duflot, Noël Mamère, et bien d’autres écologistes, se sont rendus sur les lieux bien avant la nuit tragique. Le 20 octobre, soit six jours avant la mort de Rémi Fraisse, Cécile Duflot déclarait : « C’est un projet inutile. Un massacre qui est en cours et aussi un passage en force car les recours ont des fortes chances d’aboutir ». […] « De plus, la manière dont les forces de l’ordre se sont comportées va au-delà de ce qui est tolérable avec une mise en danger de jeunes ».

Les écologistes sont donc si devin qu’ils peuvent récupérer, avant qu’il ne se produise, un événement. A moins que le jeu avec le feu n’ait été du coté de ceux qui n’ont pas voulu entendre ces alertes.

Dans un second temps, considérer qu’il s’agit là d’une stratégie électorale, alors qu’en ce moment même sont provoquées des rencontres entre les gauches et les écologistes dans l’optique des futures départementales, c’est vouloir que ces discussions échouent, c’est cristalliser les dissensions, c’est, après avoir sacrifié les municipales, les européennes et les sénatoriales, prendre la ferme décision de perdre toutes les élections à venir sur le thème du « de toute façon c’est foutu ». La question devient alors : qui est le plus calculateur, le plus cynique, dans ce processus ?

Car si nous allons fouiller dans le « placard aux archives », il est intéressant de re-considérer cet article de Reporterre du 9 septembre 2014 où il était écrit en son époque :

Cet entêtement provient peut-être du contexte électoral. Thierry Carcenac est le candidat socialiste de la circonscription pour les élections sénatoriales de ce mois de septembre. Pour être élu, il a besoin des votes des grands électeurs du département, parmi lesquels on compte de nombreux affidés à la FNSEA(Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). Ceux-ci pourraient considérer comme un signe de faiblesse l’engagement du dialogue avec les opposants.

Nous voyons donc là que ce soit du coté des écologistes comme du gouvernement et du personnel socialiste, que ce n’est pas la mort de Rémi Fraisse le nœud du problème, mais bien ce projet contesté de barrage, et par les militants, et par un projet accablé par un rapport d’experts. Le décès de Rémi Fraisse en devient alors une tragique conséquence, qui aurait pu être évitée.

Rémi Fraisse : faire porter le chapeau…

… Et surtout se désengager. Lors son entretien sur France Inter le 2 novembre, Michel Sapin a osé la phrase outrancière, montrant une volonté de se désengager de toute responsabilité : Interrogé sur la mort du jeune Rémi Fraisse à Sivens, Michel Sapin a repris à son compte une phrase prononcée par des responsables écologistes « cette violence est une insulte à la mémoire de Rémi Fraisse » d’ailleurs selon lui c’est cette même violence qui est la cause de sa mort.

C’est bien vite oublier, faire semblant d’oublier, les déclarations de Manuel Valls face à des agriculteurs en Gironde :

« Mobiliser la ressource en eau est un élément décisif pour l’installation des jeunes agriculteurs, c’est pour cela que nous avons tenu bon à Sivens. Les travaux de ce barrage vont enfin commencer au terme de longues consultations et il s’agit là simplement d’appliquer le droit ».

Si le Premier Ministre dit « nous avons tenu bon… », c’est bien qu’il est solidaire de la méthode et du projet, voire un des acteurs.

Oublier le passé, quitte à l’insulter

Des membres du Parti socialiste se sont élevés en force devant le rapprochement qui avait été fait entre le décès de Rémi Fraisse et celui de Malik Oussekine en 1986. Mais à la lumière de cette vidéo retrouvée sur le site de l’INA par Cécile Duflot, il est des indignations qui paraissent feintes et surjouées.

Pasqua accusant les socialistes et leur porte-parole, Pierre Mauroy, de récupération politique : cela ne vous rappelle rien ?

À la suite de cet événement, le projet de loi déclencheur des manifestations étudiantes a été retiré et son auteur, le ministre délégué Alain Devaquet, a démissionné. Les deux policiers directement impliqués dans la mort de Malik Oussekine ont été condamnés le 28 janvier 1990 à deux et cinq ans de prison avec sursis pour « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Drones au dessus des centrales nucléaires : en appeler à la théorie du complot

Mais à droite, on n’est pas en reste.

Après l’inacceptable qualification des écologistes en « jihadistes verts » par le serial pollueur de la FNSEA qu’est Monsieur Xavier Beulin, nous avons maintenant droit aux délires complotistes de Monsieur le Député-Maire de Dampierre en Burly, Claude De Ganay : dimanche matin sur France Bleu Orléans, l’élu déclarait supputer fortement que les survols des centrales nucléaires par des drones étaient commandités par « des écologistes ». Ces propos ont été repris par la République du Centre, même s’ils se sont soudainement modérés. EELV Orléanais a réagit ce matin, outrée, dans un communiqué de presse. Mais la presse locale, le pure-player Magcentre, a également réagit, se moquant de M. De Ganay qui a perdu une belle occasion de se taire, qui lui aurait permis d’éviter de se ridiculiser :

Alors s’agirait-il d’un parlementaire comme Claude de Ganay (UMP) pour faire parler de ses initiatives, lui qui a  lancé des « appels répétés depuis des mois en écho à sa proposition de loi visant à renforcer les conditions d’accès aux installations nucléaires de base ».

Des discours de partis concurrents qui se rejoignent

Car, malheureusement, nous en sommes actuellement arrivés à ce constat : le Parti Socialiste, l’UMP, l’UDI et le FN en sont à s’être trouvé un ennemi commun : l’écologiste. Car l’écologiste, qu’il fut membre d’EELV, d’un autre parti, ou membre d’une association environnementaliste est un vilain empêcheur d’investir en rond. Ces énergumènes veulent interdire de détruire à outrance, de mettre des deniers publics dans un projet dédié à un petit nombre et non pas à l’intérêt général, de mettre en péril l’agriculture paysanne parce qu’on préfère défendre une agriculture polluante et irresponsable, veulent préserver la santé, une bonne alimentation, un environnement de vie agréable, une nature à transmettre aux enfants qui nous accuseront, ces personnes veulent du sain au détriment de ceux qui veulent des sous.

Comment ne pas sourire jaune lorsqu’on entend un Président Hollande semblant très volontaire pour la conférence sur le climat COP 21 à venir à Paris, mais se rendant en costume de représentant de commerce de chez Total en Alberta au Canada, quitte à montrer, comme le disait Yannick Jadot sur RFI, une complète incohérence.

Mais il est encore heureux de trouver des membres de l’UMP pour défendre des ministres socialistes, déclarations qui devraient faire frémir plus d’un militant PS… Enfin, normalement.

L’écologie, ça commence à bien faire : Sarkozy l’a dit, c’est sous la « gauche » que cela veut se faire.

 

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