Croire en l’écologie punitive coûte au minimum 173 millions d’Euros

Issue du Grenelle de l’Environnement, la taxe poids lourd, également et vulgairement appelée écotaxe (même si Wikipedia rappelle qu’il s’agit là d’un abus de langage), au départ votée à la quasi unanimité de l’Assemblée, a été froidement abattue comme un cheval blessé par la Ministre Ségolène Royal.

Certes, au fil du temps, ce péage pollueur-payeur a été remis en question, certes, des zigotos à bonnets rouges ont joué la carte de la violence, certes, le Gouvernement ne peut être que timoré sans cap politique défini malgré un chef de fil autoritariste, certes les député-es qui l’ont votée ne l’ont pas soutenue, si ce n’est celles et ceux d’EELV, certes, la communication du terme écotaxe a été plus que négatif, certes, certes, certes… Mais le coup de grâce fut donné par Mme Royal en ces termes : « Nous avons décidé de suspendre sine die le dispositif d’écotaxe ».

Le dispositif devait rapporter 550 millions d’Euros par an, il devait permettre de financer des projets d’infrastructures locales de transports innovants, créateurs d’emplois, mettant en oeuvre un secteur sinistré, les BTP, dans la droite ligne d’une idée de transition écologique : mais vous ne verrez ces projets ou pas du tout, ou sur vos vieux jours, si vous êtes encore vivant-es. En suivant ce lien, vous pourrez rêver sur ces projets que vous ne verrez pas et qui vous auraient facilité la vie au quotidien…

Car en plus d’abandonner un impôt juste, rémunérateur, ciblé comme le préconisait l’économiste libéral Arthur Cecil Pigou, inventeur du principe de « pollueur payeur », le montage financier a été un bel héritage de la politique de dette « pourrie » à venir initiée par Thatcher, fièrement repris par des UMP et certains PS dans bon nombre de collectivités locales : le Partenariat Public Privé (PPP). Et derrière ce PPP, il y a un contrat, avec la société Ecomouv’, qu’il faut respecter sous peine de condamnation.

Pour la première fois depuis les fermiers généraux, c’est à dire depuis 1598, l’État a confié la collecte de l’impôt à une compagnie privée. Après cet abandon, selon Le Parisien, la facture sera de 173 millions d’ Euros : remboursement d’une partie de l’investissement (114 M€), de l’exploitation (53 M€) et une participation aux frais financiers (6 M€) générés par cette suspension.

Nous voyons donc là, à partir d’un consensus, comment une décision a dérivé vers un échec. Cet échec est collectif, malgré les tentatives des parlementaires écologistes d’expliquer la nécessité de ces réformes fiscales. Evidemment, Mme Royal ne peut être comptable de l’ensemble de la gabegie, mais le coup d’estoc final fut porté par elle.

Sa détestation de ce qu’elle a elle-même qualifié d’écologie punitive devient un dogme. Penserait-elle à remettre en cause les prestations sociales prélevées sur les salaires sous prétexte de socialisme punitif, ou la sécurité sociale en les qualifiant de gaullisme punitif ? Même si de gauche comme de droite, dans un souci purement libéral, et froidement comptable, certains y pensent déjà, on n’accole pas le terme « punitif » de façon aussi légère à n’importe quel projet.

La réforme fiscale était une grande attente qu’avaient les français-es du candidat Hollande. La France a pris un retard considérable sur ce sujet quand on la compare à la majeure partie des pays industrialisés. En 2013, Eurostat classait la France à la 21ème place en termes de poids de la fiscalité écologique dans le PIB, et à la 26ème place pour la part dans le total des recettes fiscales pour l’année 2011.

En colportant ce genre d’idées, Mme Royal fait beaucoup de mal à la protection de notre planète, à l’écologie.

Mise à jour – selon un article de France Info :

A ce jour, la facture d’Ecomouv’ s’élève donc à près d’un milliard d’euros. Et elle continue de grossir, car qui dit suspension ne dit pas fin de la mission.

 

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