Crise agricole : ce n’est pas en injectant des Euros dans l’urgence qu’on résout le problème

Depuis plusieurs jours, la colère des éleveurs s’amplifie. Une colère légitime lorsqu’on sait la perte de rentabilité, et même, tout simplement, la perte d’argent, au fil des années des exploitations agricoles. Comme le relève la députée écologiste Brigitte Allain, ce sont 37% des élevages laitiers qui ont disparu entre 2000 et 2010, et on note 11,7% d’augmentation des redressements et liquidations judiciaires entre 2013 et 2014. Mais si elle tend à s’accélérer ces dernières années, cette crise dans ce secteur perdure depuis des décennies sans qu’aucune remise en question du modèle agricole ne soit envisagée.

On ne peut reprocher au Gouvernement d’avoir jouer la montre et l’épuisement : dès les premières manifestations, la réaction fut immédiate avec une volonté d’apaisement. On ne badine plus avec l’agriculture, ce secteur est primordial dans notre pays, non pas pour les flux financiers qu’il génère, comme semble le considérer bon nombre d’industriels, mais tout simplement parce qu’il est producteur de solutions pour une de nos premières nécessité : manger.

Mais le plan du Gouvernement, arrosé de 600 millions d’Euros, n’est qu’un pis-aller qui repousse les problèmes sans les résoudre. Il tente de colmater les fuites d’argent, mais n’envisage aucune transformation pérenne : on ne fait que repousser les dettes. Cependant, en maugréant sur le plan d’urgence, la FNSEA, par la voix de son patron, ne souligne pas ce point, bien au contraire, c’est dans un esprit de fuite en avant sans réforme qu’il déclare que les mesures annoncées par le gouvernement en faveur des éleveurs en difficulté “peuvent répondre sur le court terme à quelques urgences” mais sont “insuffisantes” sur le long terme. Ce monsieur Beulin ne pense plus agriculture, mais financiarisation de la consommation.

Ainsi, la double casquette du Président de la FNSEA, à la fois industriel et patron du productivisme agricole, pourrait en toute logique s’entrechoquer, ce qui n’est pas une évidence pour tous. Ainsi la Coordination paysanne, syndicat indépendant, note une contradiction qui serait risible s’il n’y avait derrière des paysans qui souffrent jusqu’à l’idée du suicide : ce syndicat a enquêté sur la traçabilité des poulets utilisés par l’entreprise Farmor de Guingamp, fabricant de plats préparés, et il s’avère qu’ils sont brésiliens. Exactement, ce que dénoncent les agriculteurs actuellement en colère, la concurence déloyale d’une viande importée et de qualité douteuse. Mais l’ironie est que Farmor est une filiale de Glon Sanders, elle-même détenue par Sofiprotéol, société présidée par Xavier Beulin. Le monsieur qui envoie des paysans désespérés sur les routes de France pour manifester est donc un des acteurs de la paupérisation du secteur qu’il s’imagine diriger.

Les habitudes de consommation changent, la consommation de viande diminue, pour les uns en raison de son coût prohibitif, pour les autres dans une volonté de santé, dans une recherche de qualité et de prise de conscience des mauvaises habitudes de consommation, et au final, le consommateur, l’ultime payeur, doit être celui qui induit le “marché”.

Ce n’est ni dans l’entêtement de maintenir un modèle plus financier qu’agricole pour une partie des acteurs du secteur, ni dans l’injection d’argent comme un tragique acharnement thérapeutique pour les autorités, que le secteur agricole sera préservé. Un vrai plan de transformation doit être envisagé, ou ce sera tout le savoir-faire agricole français qui sera décimé.

Depuis des années, les écologistes alertent sur le danger du productivisme agricole, des syndicats indépendants sont apparus, conscients de l’hypocrisie de la FNSEA, beaucoup de consommateurs changent leurs habitudes de vie : ces 600 millions d’Euros injectés en pure perte aurait pu être une composante du financement de la nécessaire transformation agricole française.

Une réflexion sur “ Crise agricole : ce n’est pas en injectant des Euros dans l’urgence qu’on résout le problème ”

  • juillet 24, 2015 à 3:17
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    Tout à fait d’accord avec cette analyse, que certains agriculteurs font aussi comme en témoignent les contestations devant XB de la société “Profiterol”, aux méthodes douteuses.

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