#Carrefour : Pourquoi je soutiens pleinement et en toute confiance la grève du personnel

Dans les années 2000, suite à un intérim, j’étais embauché au service comptabilité de Carrefour Place d’Arc à Orléans (45). Nous mettrons de côté les méthodes de paiement des fournisseurs qui voulaient que la date de paiement soit le taquet du délai, c’est légal, pour un gros fournisseur, c’est supportable, pour l’agriculteur qui fournit quotidiennement les salades, c’est plus difficile…

C’était les années fastes de Carrefour : la marque était leader mondial, devant Walmart, l’expansion en Chine, en Amérique du Sud, dans toute l’Europe avançait, elle achetait Dia, son futur ex-PDG était épinglé dans une affaire de parachute doré (Daniel Bernard). Mais surtout il faisait bon vivre en tant que salarié-e : intéressement, épargne salariale (dont une dédiée économie soutenable), de multiples formations internes, une entreprise qui donnait une impression citoyenne (Carrefour nature), on se laissait aller au lavage de cerveau de la culture d’entreprise, parce qu’on po-si-ti-vait.

Après la sévère mais juste Mme Villiers, directrice, vint M. Pinot, qualifié à juste titre de directeur social, proche des employé-es. Il me dit en entretien personnel, « toi qui aime l’informatique, je te propose une formation de cadre comme Pilote informatique. C’était l’époque du PIC (Pool Informatique Commande), le concept de la boucle complète du produit, depuis sa commande, jusqu’à sa vente en passant par le stock.
Mis à part des changements de bande pour les sauvegardes Linux, les remontées manuelles de chiffres, la gestion du logiciel maison pour l’observation du CA et de la marge, le job de Pilote était surtout très orienté vers les commandes, gérées toujours par ce logiciel maison, une petite merveille : Anabel.

Je fus donc muté au Carrefour de Saint Herblain (44), un vieux magasin, ancien Euromarché et je suivais une formation en parallèle sur Evry, au siège du groupe.

Mais Carrefour était en pleine restructuration en vue de la fusion avec Promodes (Continent, l’achat gagnant). Il s’avéra que cette fusion fut surtout une mainmise de Continent sur le leader du marché (bien joué la direction qui négocia).

Nous ne le savions pas, mais le découvrions par la suite : les Pilotes informatiques seraient supprimé-es.

C’est alors que le directeur arriva sur le « plateau » (l’espèce d’open space où étaient les bureaux des managers). On me demandait de prendre mes affaires et de dégager suite à une mise à pied en vue d’un licenciement pour faute lourde.

J’aurais fait baisser le prix des produits du plus gros rayon entraînant une vente à perte sur plusieurs jours, presqu’une semaine, ça aurait pu intéresser la DGCCRF…

Lors de l’entretien, accompagné par le délégué CGT, qui était normalement un de mes subalternes, je faisais observer au directeur que : 1. je n’étais pas chef de rayon (Niveau 7), mais en formation (niveau 6) donc sans responsabilité officielle du service, responsabilité qui lui incombait, étant mon supérieur direct. 2. avec les outils informatiques, il n’était pas possible de ne rien voir pendant « plusieurs jours », sauf à suspecter une complicité des points de contrôle dont il faisait partie. Je demandais donc une requalification de mon licenciement en faute grave et non lourde, me permettant alors d’avoir droit à l’assurance chômage. Je préférais être licencié, ne pouvant rester dans une entreprise dont j’entrevoyais les méthodes plus que douteuses, quitte à aller vers l’illégal (vente à perte) et surtout inhumaines.

Après ma vie fut bien meilleure suite à une formation de développeur informatique à l’AFPA, même si je devais me nettoyer la tête de la culture d’entreprise : non, il n’y avait pas que les produits Carrefour, on pouvait consommer autre chose, autrement, autrement mieux.

Je comprends donc les craintes de chaque caissier-ière, de chaque niveau 2 ou 3 qui met ce que vous achetez en rayon, de chaque cadre maltraité chez Carrefour. Cette entreprise, fleuron de la grande distrib à la française, a bien changé. Elle n’est plus citoyenne, elle asphyxie ses fournisseurs et broie ses employé-es.

C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les grandes surfaces sont en pleine crise : les consommateurs-trices sont de moins en moins dupes. Auchan, Leclerc et autres marques ne sont pas plus glorieuses.

Solidarité totale aux salarié-es de Carrefour dont le combat est celui de personnes qui aimaient leur boite, qui ont donné beaucoup pour peu recevoir. Qu’un PDG nouvellement arrivé, qui a moins donné que ces salarié-es veuille virer ces anciens pour plus d’argent pour l’actionnariat froid et impersonnel, est tout simplement révoltant… Dégueulasse. Avec les salarié-es de Carrefour, soutenons-les, nous les petit-es consommatrices-eurs.

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