Canicule, on va tou.tes crevay ! Mais la techno est là, on est tou.tes sauvay !

C’est par un tweet citant un article de France 3 que le Maire de Toulouse nous met face à une énormité dont ce serait bien vanté le Père Ubu.

Le tweet de M. Jean-Luc Moudenc‏, Maire de Toulouse est assez dithyrambique : la technologie va tou.tes nous sauver contre les vilaines agressions que nous fait subir chaque jour une nature quelque peu agressive.

Monsieur le Maire a vu juste : nos villes crèvent de chaud en été, et cela ne va pas aller en s’arrangeant avec le dérèglement climatique et l’effondrement d’une nature qui, on ne me l’ôtera pas de l’idée, a une attitude bien hostile à notre égard ¹ .

Cependant, lorsqu’on est au pied du mur, j’ai l’habitude de conseiller de reculer d’environ trois pas pour essayer de considérer le mur sous un autre angle.

Si on se promène dans diverses villes de France, on se rend vite compte de la limite vite atteinte de la créativité des diverses municipalités : autrefois nous constations les ressemblances des entrées de communes avec leurs forêts de 4×3 publicitaires et leurs Zones d’Activité Commerciale emplies d’hypermarché, de magasins de cuisines, de meubles, de drouilles et de daubes en tout genre aussi mercantiles qu’inutiles. Et bien maintenant, c’est au tour de nos centres-villes. Ainsi, chaque Maire de cité assez friquée en notre belle nation se permet la construction ou la réfection d’une place locale dans un seul et unique style, celui de « l’architecture de cour de caserne »² : une grande place pavée minéralement, sans un coin d’ombre au milieu de laquelle trône une statue, qui de son monument au mort, qui de sa Jeanne d’Arc ou de sa République personnifiée.

La satisfaction du travail bien raté ne se fait alors pas attendre : la collection de cols du fémur fracturés sur un granit glacé en hiver rivalise avec les insolations et déshydratations estivales. Une seule place, deux ambiances.

Un grand désert de granit : Orléans
Fonctionne avec l’actuelle Place de la République à Paris.

Alors les équipes municipales innovent, s’adaptent, inventent… non, pardon, se copient éhontément entre elles. Et c’est ainsi que nous avons vu fleurir sur chacune de ces places urbaniquement militarisées des fontaines et brumisateurs à l’usage des bien-séchés et des mal-suants.

Il est vrai que pour un enfant de cinq ans (si vous avez plus de 30 ans, arrêtez de le faire, par pitié, on vous regarde), c’est assez sympa de courir à travers des gouttelettes fraîches.

Mais en 1974, il n’y avait pas un monsieur à pull-over rouge qui alertait sur la raréfaction d’un bien précieux : l’eau ?

Depuis, amusante coïncidence ou pas (ou pas surtout), les articles fleurissent pour expliquer que le mieux en matière de régulation de température en ville, c’est de planter des arbres, des petites fleurs, du gazon, allez, soyons fous, d’oser faire revenir de la biodiversité.

Au prochaine municipale, n’oubliez pas : privilégiez les candidat.e.s qui vous proposeront de planter de la verdure : c’est moins cher que de devoir adapter technologiquement sa ville aux lacunes des années antérieures. Et puis surtout, c’est un peu moins con.

1. Si vous avez la référence, considérez que vous êtes plutôt cultivé.e en matière d'humour noir.
2. Expression créée par Patrice Debaque, urbaniste orléanais.
 

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