Ça respire pas la chrétienté ces églises transformées en mosquées…

Le 15 juin, sur l’antenne d’Europe 1, Dalil Boubakeur, le Président du Conseil français du culte musulman, lançait un caillou dans la mare, un choc dont les ondes n’ont pas fini d’aller s’échouer sur les berges du désintérêt national : devant la pénurie de lieux de cultes musulmans, pourquoi ne pas utiliser des églises vides ou abandonnées.


Des églises vides pour servir le culte musulman… par Europe1fr

Prudent, le recteur de la Mosquée de Paris, précise « c’est un problème délicat mais pourquoi pas » et, sûrement conscient de toucher là un épidermique sujet depuis la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat, montre l’exemple de Clermont-Ferrand où une congrégation de sœurs a accueilli à titre gratuit des musulmans, pendant plus de 30 ans, dans une chapelle inutilisée, la transformant en mosquée. Il ajoute enfin, dans un message de paix œcuménique« c’est le même Dieu, ce sont des rites qui sont voisins, fraternels, et je pense que musulmans et chrétiens peuvent coexister et vivre ensemble ».

Au soir de cette interview sur Europe 1, par la plume de Frédéric Saint Clair dans le Figaro, soulignant lui-même l’extrême prudence de M. Boukakeur, on pouvait lire : « cette proposition […] risque encore une fois d’alimenter la polémique et d’hystériser un peu plus une société française en tension avec l’islam ».

Effectivement, il n’en fallu pas plus pour réveiller de sa torpeur, une droite en manque d’actualité : le 8 juillet, l’écrivain Denis Tillinac lançait via Valeurs Actuelles une pétition au doux nom de « Touche pas à mon église » (expression gauchiste des années 80 honteusement empruntée à SOS Racisme). Cette pétition initiée par un écrivain aux références littéraires sentant le soufre maurassien est présentée par le journal ultra-droitier accompagnée de trente premiers signataires, dont un plus visible que les autres, puisqu’il fut Président de la République :

Charles Beigbeder, chef d’entreprise ; François-Xavier Bellamy, philosophe ; André Bercoff, écrivain ; Jeannette Bougrab, ancien ministre ; Pascal Bruckner, philosophe ; Jean Clair, de l’Académie française ; Chantal Delsol, de l’Institut ; Alain Finkielkraut, de l’Académie française ; Marc Fromager, directeur national de l’Aide à l’Église en détresse ; Gilles-William Goldnadel, avocat ; Basile de Koch, humoriste ; Alain Maillard de La Morandais, prêtre ; Élisabeth Lévy, essayiste ; Véronique Lévy, écrivain ; Sophie de Menthon, chef d’entreprise ; Thibault de Montbrial, avocat ; Camille Pascal, écrivain ; Jean-Robert Pitte, de l’Institut ; Jean Raspail, écrivain ; Ivan Rioufol, journaliste ; Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président du Medef ; Nicolas Sarkozy, ancien président de la République ; Jean Sévillia, historien ; Joseph Thouvenel, vice-président de la CFTC ; Jean Tulard, de l’Institut ; Philippe de Villiers, ancien ministre ; Éric Zemmour, essayiste.

Il est à noter la présence de Basile de Koch mais que, bizarrement, sa bigote festive de conjointe, Frigide Barjot, n’est pas visible. Serait-elle écartée à cause d’une odeur de soufre gênante, ou par suite de son échec politique à représenter quelque chose ?

Nous écarterons rapidement, et avec un sourire entendu, le nombre de personnes de confession israélite qui soudainement s’engage pour le christianisme, non rancunier des pogroms et autres persécutions ordonnées au nom d’un Dieu romain que le peuple juif a pu connaître au fil de notre histoire, pas rancunières, ces personnes, c’est une qualité…

Certains médias ont noté, depuis la parution de cette pétition, un recul de Boubakeur :

« Il n’y a aujourd’hui aucun souhait ni volonté de projet dans ce sens », « nul n’est fondé à se permettre de parler des églises sinon l’autorité ecclésiale elle-même ».

C’était pourtant bien ce qu’il avait dit prudemment dans son interview, poussé par un Elkabach qu’on sent fébrile, détectant le coup médiatique qu’il est en train de construire. Dans une interview a posteriori, toujours à Europe 1, l’écrivain initiateur de la pétition de Valeurs Actuelles se réjouit : « Je sais bien qu’il a rétropédalé et je ne veux pas m’en prendre à une personnalité sûrement respectable, mais ça traduit un dédain de ce qu’est la mémoire profonde du peuple français », et son complice Beigbeder d’ajouter « Une église, ce n’est pas juste quatre murs et un toit. Ces édifices sont liés à notre identité de Français et d’Européens ». Cela montre bien qu’il s’agit d’une position dogmatique partant d’un postulat : la France, et ici l’Europe, sont depuis la nuit des temps catholiques. Allez, monsieur Beigbeder, oublions cet argument européen, puisqu’une église, c’est catholique : les protestants vont au temple, et des protestants, on en trouve en Suisse, en Allemagne, au Royaume-Uni, pour ne citer que ces pays. Evidemment, nous oublierons les orthodoxes, parce que cela deviendrait trop compliqué pour une personne baignée de certitudes catho-centrées, même erronées.

Les racines chrétiennes de la France, voilà donc un beau sujet de fadaise historique, ainsi que qualifiait François Reynaert ce genre de contre-vérités historiques. On ne peut nier que la construction du Royaume de France s’est faite par des jeux politiques avec ou contre Rome. Mais Clovis se fit chrétien non par illumination, mais par intérêt. Charles Martel a combattu les Sarrasins non par vocation religieuse, mais pour des raisons d’alliances et de territoires. La nation France n’existait pas avant que l’on ne dépose nos Rois et a mis un siècle à se construire.


Dans l’Obs : les mensonges de l’histoire de France par LeNouvelObservateur

Notre pays est multiculturel, multi-religieux depuis le paganisme jusqu’à l’athéisme, le catholicisme n’en est qu’une partie, non négligeable, tout à fait respectable, mais ignorer l’apport du judaïsme, de l’islamisme, des cathares ou encore de la laïcité est une hérésie. D’ailleurs, sans les arabes, aurions-nous pu dire que ces réducteurs d’histoire ne sont que des zéros ? Faut-il rappeler à ces personnes que la religion ne fut souvent qu’une composante politique à la construction de notre pays et non pas un chemin vers la lumière ? C’est au risque de sa vie qu’Henri IV navigua du protestantisme vers le catholicisme, mais pour être Roi de France, pas pour honorer la Vierge.

Pour aller plus loin, il est recommandé de lire ce billet de blog, analysant un fameux discours de Sarkozy par le prisme du travail de Paul Veyne, historien s’étant penché sur le sujet de notre « héritage chrétien ».

Oui les églises sont un héritage historique, mais un héritage n’est pas le présent, c’est une fondation pour construire l’avenir. Notre pays a su s’enrichir de diverses cultures. Quel rapport entre la musique bretonne et un air de flamenco andalou-arabe ? Pourquoi ne mange-t-on pas la même chose à Lille et à Toulon ? Un conteur solognot n’est-il pas une découverte pour un Alsacien ? Et pourtant, nous avons le sentiment de vivre le même pays, ce qui n’a pas toujours été le cas, au prix de guerres, de forfaitures plus saignantes les unes que les autres, et souvent au nom de Dieu.

Mais au-delà de cet aspect vaguement historique, il est un fait qu’il faut noter dans cette pétition, c’est cette énumération de signatures et le journal où il est paru.

9782213686646-001-XPar un hasard, que dis-je, un signe d’un Dieu farceur qui déteste qu’on le mêle à quelques mensonges, je terminais un livre le jour de la diffusion de ce catalogue de mauvaise foi : Le Mauvais Génie d’Ariane Chemin et Vanessa Schneider.

Ce récit nous conte l’aventure d’un gourou qui depuis Minute jusqu’à la chaîne Histoire en passant par Valeurs Actuelles et les couloirs de l’Elysée n’a fait que distiller ses thèses maurassiennes, racistes, islamophobes, antisémites, révisionnistes, colonialistes, misogynes et j’en oublie.

Et ce garçon a réussi : les personnes qu’il a approché, qu’il a conseillé, qu’il a fréquenté sont toutes ici, de Bougrab à Goldanel, de Rioufol à Zemmour, en passant par Villiers et ses sordides histoires de famille, ou encore par Sarkozy, trahi, humilié par cet homme, mais dont les thèses ont, apparemment, encore un impact sur l’ancien Président.

Des thèses qui n’ont plus rien à voir avec la droite Gaullienne de rassemblement du pays, des thèses qui sont teintées de brun, de haines, de rejet, de révisionnisme.

Sarkozy a commis là une erreur politique grave : il s’est placé sur l’extrême-droite, laissant le champ libre à Juppé et Le Maire pour un retour d’une droite républicaine qui manque au débat politique dans notre pays. Lente est la chute de Nicolas, mais certaine elle le sera.

 

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