Alors comme ça, je dois désactiver mon bloqueur de pub ?

Adblock-Plus-header-664x374Depuis plusieurs jours, nombre de médias français font une guerre effrénée aux bloqueurs de publicité sur Internet. Le plus connu d’entre d’eux est bien sûr AdBlock.

L’argument est très simple, les médias ont plusieurs sources de financements : les abonnements, les publicités. Enfin, voici ce qu’on nous dit en omettant de nous préciser d’autres sources de financement telles que les aides publiques à la presse écrite, ou encore la TVA à taux réduit. Installer AdBlock, c’est donc amputer une source de financer : la pub non visionnée est du média non rentable à terme. Moins de financements, c’est moins d’investissements, de modernisation, un risque à la pérennisation de l’entreprise et, donc, des emplois qui peuvent être détruits. Voilà qui doit donc nous interpeller.

La presse va mal, très mal, et malgré ces sources diverses de financements, il semble que le secteur, qui a mis un temps long à se moderniser, n’arrive pas, pour la plupart des journaux et magazines à regagner la rentabilité.

Si l’on dit à un plus jeune que Zola a fait paraître son « J’accuse » dans l’Aurore où a aussi écrit Pierre Desproges, que « Le Matin de Paris » a fait les belles heures de la gauche française, que « France-Soir » était un bel édifice de la droite, que… N’en jetez plus, ils le sont déjà. Et pourtant ces journaux sont morts, il n’y a pas si longtemps. Et une presse qui s’étouffe, c’est un peu de démocratie et de liberté de parole qui s’asphyxie.

AdBlock et consorts sont donc le dernier caillou à la mode dans la chaussure de la rentabilité productiviste. Si l’on en croit une étude de l’Institut CSA de mars 2016, on voit que 83% des internautes déclarent être « irrités » par la publicité online. Ce même sondage nous apprend également que seulement 24% des français ont installé AdBlock et 15% pensent le faire prochainement. Finalement, il semble qu’AdBlock ne soit pas encore si menaçant que cela pour eux, mais a de forte possibilité de progression. Mais lorsqu’on se rappelle que le modèle économique et le même, finalement, que le spam ou le phishing : taper en masse dans tous les sens pour ramasser un maximum de miettes monétaires, c’est à dire, de façon factuelle, toucher un million de personnes pour être certain de ramener 100€.

Face à cette menace, une campagne coordonnée a donc été lancée (coordonnée ? Entente commerciale ? Lobby ? Pardon, je divague). Certains sites deviennent inaccessibles si on a le plugin activé.

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D’autres, sont moins gênants, vous alertent et peuvent être fermés pour consulter le site.

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Il est vrai qu’AdBlock n’est pas non plus un gentil bienfaiteur de l’humanité.

Lorsque ce plugin est apparu, mon réflexe fut de me demander pourquoi des gens faisaient cela, j’en conclus très vite qu’il devait s’agir d’une initiative du monde libre (de l’informatique). Puis, je découvrais qu’il y avait une société commerciale derrière ce filtre bienfaiteur, elle allait donc devoir faire, elle aussi, de la rentabilité. Et puis l’information est tombée : AdBlock ne bloque pas toutes les pubs, il établit une liste blanche de marques autorisées selon lui, et pour être inscrit sur cette liste blanche, il faut payer. Personnellement, j’appelle cela du racket. Google et Amazon (des pas gentils du web) payent, mais doit-on accepter ce cycle infernal de génération d’argent gagnée de façon douteuse ?

Car cette guerre commerciale n’est pas celle du consommateur. Celui-ci ne veut plus de publicité, les fournisseurs en veulent. Mais c’est l’utilisateur final qui, dans tous les cas, paye. Ce point ne me semble pas anormal, alors j’adapte ma consommation.

Tout d’abord, ne voulant pas payer avant d’avoir la marchandise ou d’en connaitre, au minimum, sa qualité, si je ne peux accéder à l’information, alors je quitte le site : adieu le Parisien, Le Figaro, L’Express et chers amis, on va voir qui en serra le plus meurtri.

Ensuite, pour mes abonnements désirés, je commence à me demander si on ne me prendrait pas pour un gogo puisque, sur certains médias, je paye deux fois : mon abonnement et la présence de publicité non désirée, finalement, le gogo qui prend conscience est un zozo agacé, il peut rompre son abonnement.

Pour la presse, je me dirige vers des médias qui me satisfont et qui n’ont pas recours au financement par la publicité. Nous le savons, il s’agit là, pour eux, donc pour moi, d’une indépendance pour la ligne éditoriale : Mediapart, Arrêt sur Images, Politico, Alternatives Economiques et ses déclinaisons, en voici quelques exemples.

Vous avez choisi le libéralisme, le libéralisme, selon vous, c’est la vie, mais la vie est injuste, et j’ai un pouvoir : mon porte-monnaie. Si je ne trouve d’alternative à AdBlock, je l’utiliserai, si AdBlock ne me convient plus, je l’abandonnerai, c’est le modèle économique que vous m’imposez, il fut dur pour moi, il le sera pour vous. Cependant, selon Arrêt sur Images, il existe des alternatives, étudions donc la question…

[EDIT] Le petit Sébastien de Twitter nous signale dans l’oreillette qu’il est possible d’abandonner le méchant AdBlock pour s’orienter vers une solution plus légère, plus éthique et plus de tout : Ublock Origin. Je m’en vais tester cela de ce pas.

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